Rouffignac-st cernin de reilhac
Georges Crouzet
Espace Mémoire
Georges Crouzet est né à La Douze le 19 octobre 1930. Ses parents étaient métayers chez M. Lafon, boulanger.
Fin 1931 début 1932 ils seront métayers à Maisonneuve chez M. Montauriol avant d’acheter quelques 9 hectares à Teysonnières en 1933. Ils y élèveront 2 ou 3 vaches, quelques 20 moutons et même une mère truie, qui leur permettra de vendre, le lundi au marché de Rouffignac, les petits cochons (Georges se souvient du charretou à 2 roues et de ses livraisons). Ils feront un peu de vin, du blé, des pommes de terre…
Georges ira à l’école de Saint-Cernin avec Mme Delmarès puis à Rouffignac avec M. Chaussade. A 15 ans il fut « domestique à la journée » à la Feyrrerie. Il en garde le souvenir de la dureté du travail, des journées avec parfois des levers à 4 heures du matin et les 2 charrettes de foin qu’il devait ramener avant d’aller curer les moutons…l’après-midi…dur…dur… Parfois la traite s’achevait à minuit.
Vers ses 16 ans il ira chez l’oncle à Landrevie (les deux frères étaient mariés avec les deux sœurs). Il fera son apprentissage chez Regner à Saint-Geyrac puis en 1948, pleine époque de la reconstruction, il entrera dans l’entreprise TPL (du limousin) comme tailleur de pierres avec Courteau le chef. Cette entreprise avait quelques 50 ouvriers venant de tous des environs comme Dougnac de Martillac, car tout se faisait à la main du manœuvre à l’ouvrier qualifié.
Il se souvient qu’à cette époque, ce furent les allemands qui creusèrent la tranchée d’eau de Font Marcel pour ravitailler Rouffignac.
Il travaillait de 8 à 12 heures puis de 13 h 30 à 18 heures tous les jours de la semaine. Il y restera deux ans avec un chef de chantier super et une paye de 20 à 30 000 mille francs. C’était bien payé. Il monta les deux pignons du réfectoire.
Puis il partit pour 18 mois de service militaire à Nantes (Loire Inférieure) dans l’infanterie coloniale. Il fut muté à Cherbourg 3 semaines pour palier la grève des dockers. Ensuite, ce fut la Vendée dans le centre de Mobilisation de l’Habillement ce qui lui permettait d’aller manger au resto car il était planton de l’adjudant.
A son retour en avril 1952, il entra dans l’entreprise Bord de Saint-Geyrac qui compta jusqu’à 100 ouvriers. Il y participa à la construction des casernes de Saint-Astier. Le père, le patron, n’était pas un tendre : il se souvient d’être parti sur le plateau arrière de la camionnette par zéro degré et être arrivé avec les oreilles presque gelées.
Il en partira en avril 1954 pour travailler chez Raymond Salavert, qui arrivait de chez Raoul Pompougnac et s’était associé à André Doideau de La Douze ; mais ils se séparèrent au bout de deux ans.
Il y fit de belles cheminées de 5 mètres au-dessus de la toiture avec des échafaudages de fortune : en sapin… (les tréteaux étaient encore peu utilisés). Pour monter les pierres on mettait sur le camion une échelle et on se les faisait passer. Il restera jusqu’en octobre 1958 chez Raymond, qui eut jusqu’à 7 à 8 ouvriers, faisant le lotissement des CRS route d’Atur. Durant cette période Georges coupa et prépara quelque 760 pins à Castelgiroux pour l’entreprise Lapeyre. A l’époque le travail ne lui faisait pas peur. Il faut dire qu’aujourd’hui avec ses 79 ans il n’a pas changé. Puis il s’associera jusqu’en 1961, avec René Salavert travaillant moitié moitié.
Pendant que Georges travaillait aux écoles, avant son service militaire, il avait remarqué Georgette Bord qui travaillait chez Mme et M. Delbos et demeuraient dans leur baraquement près de chez René Laroumagne. Elle habitait Veyssou avec ses parents agriculteurs chez M. Audit de Laudonie dont M. Marfond était régisseur.
De ces rencontres, ils se souviennent tous les deux, de la fête des vendanges chez Mme Jourdes route de la cité et des bals à La Gélie… Ils se marièrent le 14 octobre 1950 devant l’abbé Marquay et M. Chaussade dans la mairie qui se trouvait à l’époque en face de la halle.
De cette période Georgette se souvient avoir assisté en présence de M.Lablénie maire, au retour du corps de M.Martigne qui avait été fusillé par les allemands et enseveli dans le tombeau de la famille qui l’avait accueilli. A son retour des camps, Mme Martigne avait tenu à l’enterrer à Rouffignac.
Après leur mariage, ils habitèrent Teyssonnière jusqu’en décembre 1957 date à laquelle ils achetèrent à M.Champarnaud, avec l’aide des parents, une ferme de 33 ha dont 14 de terres à Saint-Geyrac à Jeanmerle. Acte fait par Maître Juge…. Ils y feront jusqu’à 50 sacs de grains tout en allant travailler.
En 1961, le 5 avril, ils achètent en rente viagère « Chagrin » à M.Moulinier Justin dit « le Lapin » qui enlevait le feu… Il y avait deux pièces pour eux et deux pour les Moulinier. Ces derniers mourront en 1967, lui le 9 et elle le 19 décembre.
Patron en 1961, il commencera avec les deux fils Coly (qui moururent le 14 octobre 1968 d’un accident agricole). Il aura ensuite Maurice Soual pendant 17 ans – André Lalot dit Peto 6 ans jusqu’en 1976 – René Bonnet (frère de Gabriel) Claude Renaud – Jean Claude Jaud. Lorsqu’il travailla sur Bergerac il prit 1 ou 2 ouvriers supplémentaires.
D’artisan il devint entrepreneur en 1963 avec une dizaine d’ouvriers et le régime général, pour terminer à 4. Il prenait le sable chez Lacombe aux Versannes, à Liorac mais aussi à Saint-Georges où il se rappelle avoir chargé 8 m3 à la pelle. La pierre venait de chez Chapoul à Borens et Thenon pour la castine. Mais il prit aussi du sable chez Vilatte Plassard route de Manaurie et de la pierre de Mauzens.
Dans cette entreprise régna toujours de bons rapports avec les ouvriers grâce à une ambiance un peu familiale. Il leur arrivait souvent de se voir offrir le café à 10 h ou 16 heures quand ils travaillaient chez des particuliers à la réfection de leur maison et parfois même la « soupe » à midi…Par contre, lors des déplacements c’était la fameuse « gamelle » que l’on faisait chauffer sur un petit foyer improvisé avec la viande cuite ou à cuire.
Georges participa ou construisit les maisons où habitent actuellement Philippe Jourdes, l’allongement de Pierre Marfond – Lucette Labrousse – Jojo Fonmarty – Gabriel Goursolle – Francis Bourdeilh – Josette Fromentin – Madame Monneau – MM.Dougnac et Dohin à Martillac puis celle de M.Soual-Brochard
Il achètera sa première grue d’occasion à Perrot de Montignac et la seconde en 1970. Comme véhicules de travail il eut successivement : la camionnette 203, le 2 T 5 Renault, le Berliet GLSC et enfin le 200 GRL rouge de 19 tonnes. Pour la promenade, ce furent principalement des berlines Peugeot.
Heureusement que Georgette sa femme l’épaulait. D’abord comme dactylo pour présenter les devis et les factures grâce à la machine à écrire, mais également en tant que chef d’exploitation pour s’occuper de sa vigne et surtout de ses 11 vaches laitières et 6 limousines, aidée par Georges avant l’embauche.
On commençait par nettoyer les vaches puis laver leurs pis à l’eau tiède avant de les traire : le lait, toujours bien côté, était relevé par Gérard Delprat.
Georges prit sa retraite en 1990, il continua un peu l’exploitation mais à présent (lors de l’entretien), avec ses 79 printemps comme il dit, il préfère se consacrer uniquement à sa vigne et surtout à son jardin, après avoir loué ses terres à Jean Louis Laussinotte.
(Ne nous a-t-il pas dit, ce jour-là, qu’il venait de terminer de bêcher le jardin car il était en retard pour planter les fèves… celles-ci, pour ne pas geler, doivent être plantées pour le 11 novembre.)
Le contact avec les gens lui manquera, aussi le verrons-nous encore longtemps venir avec sa camionnette faire les commissions à Rouffignac pour retrouver quelques anciennes et fidèles connaissances.
Georgette et Georges heureux du chemin parcouru.
Photos et témoignage recueillis par André Carret.
