Rouffignac-st cernin de reilhac

Le 31 Mars 1944

Espace Mémoire
Espace Mémoire 31 mars 1944 Rouffignac Dordogne

LE 31 MARS 1944

Parmi les maquisards qui mènent dans toute la région des actions de harcèlement contre la Division « Brehmer », chargée de combattre la résistance et de semer la terreur, le groupe de FTP « Gardette » tend, le 30 mars 1944, une embuscade à un détachement de cette unité entre Milhac d’Auberoche et Fossemagne. Au cours de cette action de guérilla, deux officiers allemands sont blessés et fait prisonniers. En se repliant, les maquisards font une halte à Rouffignac, avant de rejoindre leur refuge. Apprenant alors qu’une colonne ennemie remontait vers eux, ils se dispersent en abandonnant leurs prisonniers, qui sont alors récupérés par leur unité dans la soirée.
Le 31 mars, dès 08 h30, une première colonne de troupe motorisée allemande investit le bourg de Rouffignac par la route de Périgueux, tandis qu’une seconde colonne, en provenance de Montignac se heurte à un détachement de maquisards au niveau des lieux-dits Glaulet et Touvent, avant de rejoindre le gros de la division.
La troupe se disperse dans tout le bourg, investit la mairie et les écoles ; ainsi que la gendarmerie, où les quatre gendarmes présents sont arrêtés. Ils seront par la suite déportés à Buckenwald, et ne reviendront pas des camps nazis.
Le Maire, M. Lablènie et son secrétaire, M. Delmonteil, sont violemment interrogés par le Général Brehmer, lui-même, sur les effectifs et les caches de la résistance dans la commune. Devant leur silence, ordre leur est donné de rassembler sur la place du Foirail (aujourd’hui, place du 31 mars) tous les hommes du village, sous peine de fusillade générale.
A partir de 11 h, au signal du tambour du garde champêtre, tous les hommes, dont deux vieillards de 88 ans,  sont petit à petit regroupés sur cette place, puis répartis en deux catégories : les plus de 50 ans, d’un coté, et les plus jeunes, au nombre de 64, de l’autre. Ces derniers sont embarqués vers 15 h dans des camions pour être transportés à Azerat. Parmi eux, Pierre Khantine, réfugié israélite, est immédiatement exécuté. Les autres détenus seront incarcérés à Périgueux, d’où ils seront libérés individuellement au cours des 15 jours suivants, à l’exception d’une douzaine de jeunes gens qui seront expédiés en Allemagne, en camps de travail.
Revenons à Rouffignac ce 31 mars ; le village est totalement vidé de ses habitants à partir de 17 h, tandis que les habitations sont pillées et qu’un cortège de prises de guerre se forme et évacue, en laissant le bourg aux incendiaires.
A 21 h les lances flammes entrent en action, et le village se transforme en un immense brasier, à l’exception de l’église et des trois maisons attenantes qui sont épargnées par la soldatesque.
Quelques maisons du bas du bourg, restées intactes, seront détruites, incendiées et dynamitées, le 2 avril au matin, par des éléments de la troupe revenus achever leur besogne, en laissant derrière elle les ruines de la quasi totalité du village.  
Cité martyre, Rouffignac a reçu l’hommage du Général de Gaulle le 5 mars 1945, et a été décorée de la Croix de Guerre avec palmes le 11 novembre 1948.

(Texte et Source M. André Carret)

L’ANACR (Association Nationale des Anciens Combattants et Amis de la Résistance) a édité un fascicule de témoignages de cet événement, et créé un « Chemin de la Mémoire » à travers le bourg qui permet au visiteur de découvrir, en 15 étapes, les différentes péripéties de cet épisode tragique de notre Histoire. Site Mémoires de Résistances

Ce 31 mars 1944

Ce 31 Mars, comme à l’accoutumée, s’ouvraient les volets des commerces, les ouvriers regagnaient leur poste de travail, les écoliers récitaient leur dernière leçon de morale avant le départ pour l’école. Le ciel était dégagé, laissant présager une belle journée printanière  qui rapidement laissa place  à l’angoisse puis au drame.

Témoignages

André Durand

« J’avais 14 ans et me rendais à bicyclette comme tous les jours à l’école de Rouffignac avec M. Chaussade. Dans la ligne droite de la Pinsonnie, je m’arrêtais discuter avec les jeunes Queyroi et Fournier qui eux allaient à pied à l’école de La Borderie. Soudain apparut venant de Périgueux, une colonne allemande. Mes camarades pris de peur, se sauvèrent à travers bois quant à moi, je m’engageais rapidement dans le chemin de la Borderie. Les armes crépitèrent, les balles sifflèrent, une automitrailleuse essaya bien de me suivre dans le chemin mais fit bien vite marche arrière bloquée par les arbres bordant de trop près le chemin…  Portant des pantalons longs, m’avaient-ils pris pour un maquisard ? Toujours est-il que passant par La Borderie je regagnais le domicile de mes parents à Vimont ».

(Texte et Source M. André Carret)

Robert Nicolas

« Vendredi matin, je poussais avec mon père le « charretou » que j’ai d’ailleurs toujours, pour aller faire des plâtres au château de Tourtel. J’ai vu arriver les premières automitrailleuses allemandes. Blotti derrière la haie, je vis les véhicules faire un premier arrêt à hauteur du château afin de permettre aux soldats de se poster en tirailleurs derrière les tas de fumier disséminés dans le champ des Farges…. Pendant qu’ils investissaient le bourg, le château fut encerclé avec interdiction d’en sortir. Par deux fois les allemands vinrent chercher M.Delpeuch pour le questionner. Au retour il nous annonça que le centre du bourg serait incendié…. » Nous « bricolâmes » toute la journée et ayant appris que Rouffignac allait brûler mon père partit récupérer quelques biens avant de revenir à Tourtel.

Bien vite, dans notre localité se fait entendre le ronflement sourd mais caractéristique des colonnes motorisées arrivant donc de la route de Périgueux semant l’inquiétude au sein de la population. Les camions remplis de soldats les armes à la main, plaqués contre les ridelles prêts à tirer, suivis d’automitrailleuses descendent la Grand Rue s’arrêtant sur la place pour les uns poursuivant jusqu’au carrefour de La Falquette pour les autres. L’objectif étant de cerner au mieux le bourg afin d’éviter toute fuite. Certains comme Gabriel Bonnet réussiront à s’échapper après avoir essuyé quelques rafales de fusil mitrailleur, avertissant en passant la population des abords immédiats de ce qui se passait afin de les empêcher de venir se ravitailler dans le bourg.

(Texte et Source M. André Carret)

Gabriel Bonnet

« j’avais 26 ans, jeune marié de février 1943 et demeurais Rue des Fontaines près de notre actuelle maison. Tous les matins je me rendais à 7 heures à l’embauche chez M.Carret charpentier et après les premiers travaux à la scie, je descendais « casser la croûte » à 8 heures. Ce matin là je remontais donc vers 8 heures 30 vêtu de mon costume de démobilisation (donné à Lyon car prisonnier au front de Meurthe et Moselle le 21 juin 1940, j’avais gagné à pied  Sarrebruck puis Heidelberg en train . Rapatrié comme soutien de famille, j’étais démobilisé en 1941 avec l’abbé Roumagne et Fernand Verdier). Je fus donc interpellé par les allemands qui cherchaient le maquis mais qui me laissèrent passer. Rencontrant M.Delbut il me conseilla de fuir ce que je fis après avoir averti mes compagnons du chantier. Arrivé à Saint-Roch j’entends crier du carrefour de chez M.Lalot puis crépiter les armes allemandes. Je plongeai sous la clôture de fil de fer barbelé pour gagner Font Badal. Me voici au Cheylard où j’avertis les ouvriers de l’usine de M.Bardet que les allemands me suivaient. Traversant la zone marécageuse de Font Pétière,  j’y perds un sabot mais sans perdre de temps pour le récupérer, j’arrive au Buisson où mon ami Lucien Lasserre était en train de faire du bois de chauffage… »
Il faut rappeler que si les hommes tentèrent de fuir au plus vite c’est suite aux rumeurs ayant déjà circulées et prouvées par certains témoignages dont celui de Fernand Laval boulanger qui lui aussi sera conduit par la suite au 35° à Périgueux :
« Je me souviens en effet qu’avait déjà circulé deux ou trois fois une rumeur prédisant l’arrivée imminente allemande décidée ayant pour objectif  d’emmener tous les hommes.  Si bien qu’un matin très tôt, équipés en un clin d’œil, nous nous retrouvâmes une vingtaine d’amis et voisins dans la grotte de Granville pour y trouver refuge…. finalement pour rien… »

8 heures 45 environ le bourg est encerclé…

(Texte et Source M. André Carret)

Christian Eymard

Témoignage du 14 décembre 2008

Donc ce 31 mars 1944 du haut de ses 15 ans Christian se rendait comme tous les jours à l’école à pied avec Robert Rousset son copain. Ils passèrent à Grolet et ils y virent une dizaine d’hommes en train de « casser la croûte » sous le tilleul à côté d’une traction noire. Ils poursuivirent leur chemin mais en arrivant chez René Monribot ils virent installées au carrefour, deux mitrailleuses allemandes. Aussitôt de descendre aux Servottes et d’aller avertir le maquis que les allemands étaient là. Au début ils ne les crurent pas mais la traction partit enfin vers Plazac.. De leur côté, ils arrivent à l’école et sont amenés en rang devant chez le boulanger Nebout, les hommes à droite, les enfants de l’autre côté à gauche. Des allemands devant une table questionnaient les hommes les uns après les autres, l’un n’ayant pas retiré sa casquette fut assez « bousculé »…Christian Eymard se souvient l’après-midi alors que les hommes étaient sur un camion à ridelles que M.Pompougnac leur donnait des paquets de gâteaux aussitôt détériorés à coups de crosse par les allemands qui contrôlaient tout…

(Texte et Source M. André Carret)

Claude Baylé et l’arrivée des allemands par la route de Plazac Départementale 6

Claude Baylé se fait le porte-parole de Roger son père cantonnier départemental sous les ordres du chef cantonnier Florentin Delpech :
« M. Baylé Roger qui habitait rue des Fontaines, regagnait à vélo son point de travail, route de Plazac. Arrivé au tournant de Grolet, il vit trois ou quatre maquisards qui poussaient hors du hangar leur véhicule, une traction. Roger Baylé poursuivit et, arrivé à la hauteur de l’actuelle cabane de M.Boutinaud , il posa son vélo pour se mettre au travail. C’est à ce moment qu’arriva Pierre Courserand qui montait à bicyclette de Plazac, voyant Roger Baylé il s’arrêta aussi content de bavarder que de reprendre son souffle. Peu après, les maquisards vus précédemment à Grolet, lui demandèrent s’il n’avait pas vu les allemands sur Plazac mais, après leur avoir répondu par la négative, déboucha du tournant une voiture allemande avec un officier de liaison et son chauffeur. Aussitôt ils furent pris sous le feu sans doute du pistolet des maquisards car s’ils avaient utilisé une arme plus puissante ou une grenade, Roger Baylé qui s’était glissé dans le fossé à hauteur des allemands, n’aurait pu porter ce témoignage. Après ces échanges de tir, les maquisards plongèrent dans le bois pour disparaître y laissant sans doute le pistolet qui fut retrouvé de nombreuses années plus tard par le fils de M. Thomanne.
Peu après arriva une automitrailleuse et le gradé rapidement mis au courant, se positionna direction Touvent pour tirer quelques balles perforantes du canon de 37 ainsi que quelques rafales de mitrailleuse en direction des fuyards ou de tout ce qui bougeait.
Pierre Courserand avait eu le temps de partir laissant son béret sur place, celui-ci fut récupéré par M. Baylé qui le ramena avec quelques douilles éjectées. De cet accrochage nous eûmes par la suite le témoignage de Jean Pierre et Simone Lafaysse qui habitaient Marzac et où l’on retrouva 8 impacts d’obus de 37 .dont un, non explosé qui restera une vingtaine d’années dans la poutre de la cheminée ».

(Texte et Source M. André Carret)

Jean-Pierre Lafaysse

qui avait 11 ans à l’époque : « Nous habitions Marzac et étions partis avec mes deux sœurs à l’école. Nous nous trouvions dans le bourg lors de l’arrivée des allemands et sommes entrés chez la Julia Delbos pour nous mettre en sécurité avec Paul Roger et Maurice Florenti. Mais entra un allemand qui nous fit comprendre qu’il valait mieux partir et, sans perdre de temps je regagnais Marzac. C’est à ce moment là, vers les 9 h 30 qu’avait lieu l’accrochage avec 3 ou 4 maquisards qui montaient vers moi. Entendant soudain la lucarne de la couverture de notre habitation s’effondrer, je m’enfuyais inconscient du danger rejoindre mon père qui travaillait aux « Maurézies ».

(Texte et Source M. André Carret)

Simone (la sœur et épouse de Claude Baylé)

« Me rendant à l’école, j’arrivais à l’entrée du bourg lorsque j’entendis les tirs, je fis demi tour pour revenir à mon domicile à Marzac. Mais au carrefour de Touvent, un allemand me conseilla de ne pas continuer et de rester chez Monsieur Cirozat avec la fille dans la petite maison près de l’actuelle demeure de M.Bappel »

Concernant ces tirs, René Monribot nous apprit que : « lorsque les allemands tirèrent de Grolet sur les maquisards en fuite,  ils laissèrent également des impacts de balles visibles de nombreuses années, dans le bâtiment acquis par son frère Raymond à Touvent (près de l’actuel camping de l’Olive Bleue).

(Texte et Source M. André Carret)

La mairie

Pendant ce temps les soldats avaient envahi le bourg et quelques-uns s’étaient rendue à la mairie où se trouvaient le maire  Monsieur Lablénie et son secrétaire Monsieur Delmontel.  Ils voulaient à tout prix leur faire avouer où se trouvait le maquis mais face à leur mutisme, l’interrogatoire devint de plus en plus menaçant et se poursuit par des coups sauvagement frappés de ceinturon de cuir et de bottes cloutées. Madame Cirozat venue à la mairie, fut prise pour une secrétaire et pensant qu’elle ne désirait transmettre les dossiers, fut sérieusement inquiétée.

(Texte et Source M. André Carret)

Madame Cirozat

« Le 31 mars, je suis allée à Rouffignac pour me faire remettre une carte d’identité et pendant que j’étais à la mairie sont arrivés les allemands. Me prenant pour une secrétaire, ils me questionnèrent et me gardèrent un fusil derrière le dos. Mon mari qui commençait à s’impatienter se dirigea vers Rouffignac et il demanda aux allemands s’il pouvait venir voir ce que je faisais. Ils répondirent qu’avec la carte d’identité c’était possible. Tous réunis sur la place, ils m’ont par la suite relâchée mais gardèrent mon  mari pour l’emmener au 35° à Périgueux. Avertie par le maire M. Lablénie qu’on allait brûler Rouffignac, je pris de retour à Gaillet, une paire de vaches et partis au Maine chez M.Lescure en amenant mes 2 enfants avec un peu de nourriture. Nous étions une vingtaine, avons couché par terre et à 10 heures du soir nous avons vu brûler Rouffignac. Tout le monde se mit à pleurer. Vous voyez comme on  a passé de mauvais moments et tout ce que je souhaite c’est que cela ne revienne pas…..»
Un officier ne manqua pas de lancer en direction de M.Lablénie  «  hier, vous étiez très joyeux » «  mais hier j’étais absent » répondit-il,  ce qui exacerba encore l’officier qui ajouta « ceci sera bien fait pour votre sale gueule » sachant bien sûr ce qui allait se passer. Déclarés responsables de « l’attitude hostile » montrée la veille par la population, l’officier, le regard en furie ordonna à M. Lablénie de rassembler tous les hommes sur la place, ajoutant « tous ceux qui ne se présenteront pas, seront fusillés ». Et les malades ajouta le maire… on s’en fout… Vers les 11 heures 30, tous les hommes valides dont 2 vieillards de 88 ans furent ainsi rassemblés place du Foirail sur deux colonnes. Les plus de 50 ans et les moins. L’interrogatoire individuel commença… qu’en dire si ce n’est les examens de conscience…les pensées pour les parents ou les proches…la peur d’avoir été dénoncé… jusqu’à l’arrivée inattendue « des 2 ex prisonniers allemands de la veille ». Ils passèrent entre les deux rangées des hommes retenus en otage, ne reconnaissant ou ne voulant reconnaître personne et pourtant… Un ouf intérieur de soulagement dut se faire entendre dans le for intérieur des otages toujours retenus face au mur.

(Texte et Source M. André Carret)

Gérard Semond (Témoignage du 18 décembre 2008)

« J’habitais Balou et allais à l’école à pieds. Ce 31 mars j’étais assis sur une grosse pierre dans la cour près des toilettes, peu avant  9 heures. Un jeune allemand s’avança pour contrôler les toilettes, il me serra la main gentiment puis s’éloigna. … A midi j’allai déjeuner chez mon oncle Fernand Laval boulanger    L’après-midi ma cousine de La Tour : Gabrielle Boudy venue chercher sa fille à l’école me ramena vers les 13 h 30. Je vis le père Reisdorff sur la place avec ses béquilles puis sur la route de Thenon un petit détachement d’allemands à l’entrée du bois de chez Lirant et une mitrailleuse installée sur le garage à gravillons à l’embranchement de la route de Peyrebrune. Plus tard je vis passer les camions dont un avec une mitrailleuse et mon oncle sur le plateau  qui me fit « au revoir ». Puis ma grand-mère et arrière-grand-mère arrivèrent ensuite avec leur charretou rempli d’objets de première nécessité. »

(Texte et Source M. André Carret)

Paul Roger (début 2009)

J’habitais  à la Mouthe et venais à l’école tous les matins avec Maurice Florenty des Chaboissies. Vers les 8 h 30 arrivant au carrefour nous vîmes passer sans trop d’inquiétude les camions remplis de soldats allemands. Mais un allemand nous fit comprendre qu’il valait mieux ne pas continuer. Nous partîmes donc chez la Julia pour jouer aux boules dans le jardin jusqu’à ce qu’un soldat nous offre un bonbon en nous faisant signe de partir. Nous regagnâmes nos domiciles  mais en passant à Gaillet, nous vîmes devant chez M. Clèment une mitrailleuse pointée vers… La Fromentinie… Nous descendîmes et arrivâmes à la fontaine mais au lieu de monter à découvert, avons préféré contourner le vallon pour ne pas être vus.

Déclarés responsable de « l’attitude hostile » montrée la veille par la population, l’officier, le regard en furie ordonna à Monsieur Lablénie de rassembler tous les hommes sur la place, ajoutant « tous ceux qui ne se présenteront pas, seront fusillés ». Et les malades ajouta le maire… on s’en fout…
Ce fut Raymond Buc garde champêtre qui fut chargé d’avertir la population avec son tambour. Inutile de vouloir traduite l’état d’anxiété dans lequel se trouvaient  les habitants lorsque furent rassemblés tous les hommes vers les 11 heures place du foirail, les plus de 50 ans d’un côté et les moins, de l’autre. L’inquiétude des épouses dont les maris travaillaient à l’extérieur ou avaient fui, croît rapidement pour se transformer en anxiété. Certaines iront chercher « l’absent ».

« Quant à moi, ayant appris que tous les hommes qui ne se présenteraient pas, seraient fusillés je partis par le Chemin de La Deymarie pour aller chercher mon papa qui travaillait une terre aux Mazeaux . Après explications nous regagnâmes le bourg mais, arrivés au tournant de Boujou, deux sentinelles s’avancèrent et nous conduisirent sans ménagement l’arme pointée dans notre dos, jusque sur la place du foirail. Un peu plus tard un allemand me fit comprendre de regagner ma maison….
Lorsque mon papa fut libéré et qu’il nous apprit que nous devions partir, il installa sur le charretou des draps, du linge ainsi que la chaise du « petit » accroché sur une ridelle. Nous glissions ensuite le « petit » dans la poussette avec un peu d’argent sous les couvertures. Un allemand nous avait dit d’emporter tout ce que nous pouvions, nous laissant faire jusqu’à ce que d’autres nouvellement arrivés ne se précipitent pour enlever tout ce qui les intéressait. Arrivés aux Mazeaux, un voisin nous prêta un matelas et nous confectionnâmes un sommier  avec des sarments de vigne. »

(Texte et Source M. André Carret)

André Desthomas (Début 2009)

Dédé avait 6 ans et vécut le même petit « événement » avec son copain Gérard Semond le 30 mars 1944 alors qu’ils s’amusaient avec une « mini mitrailleuse jouet ».
Par contre il se souvient de son arrivée en haut du bourg le 31 mars alors qu’il se rendait à l’école (classe de Mme Depeigne): « voyant les soldats au carrefour, je fus recueilli par les 2 « polonaises » qui habitaient près de chez Mme Depeigne.  Puis je repartis chez mes parents à Gaillet. Je vis également ce matin-là, l’arrestation de Pierre khantine à son domicile ( actuelle 1° maison à gauche en allant sur le Petit Gaillet). Il habitait dans la petite maison juste derrière et, entre ouvrant les volets, je vis les allemands l’arrêter; ce qui me valut quelques gifles de ma grand-mère…. Inquiète des risques encourus… »
Dans le courant de l’après-midi, je vis passer Mme Lablénie et Monsieur, le visage tuméfié qui se rendaient dans leur propriété de La Mouthe.

(Texte et Source M. André Carret)

Monsieur Barry Alfred (42 ans)

« Le mercredi 29 mars vers les 10 heures, je vis arriver une traction Citroën récupérée sans clé et remorquée par le maquis jusqu’à mon garage pour sa mise en marche, après une petite remise en état. Le jeudi 30, le maquis m’apportait une batterie neuve et à l’aide d’un fil rouge je la branchais directement à la bobine en leur laissant le fil pour au cas où ?… Le lendemain matin  31 mars, les allemands me ramenèrent cette voiture récupérée lors de l’accrochage de Grolet. Et premières questions : connaissez-vous ce véhicule ? Le maquis ? Non bien sûr, fut ma réponse mais je sentais les sueurs froides descendre dans le dos, en suivant des yeux un allemand  qui farfouillait dans mon outillage. Pourvu qu’il ne remarque pas les 200 mètres de fil rouge  compromettant sur l’établi ?…j’étais ensuite conduit sur la place… puis vers Azerat et le 35° à Périgueux»

(Texte et Source M. André Carret)

Georges Barry (son fils)

« Habitant près de la halle, je me rendais à l’école non sans avoir remarqué les automitrailleuses qui descendaient la rue principale. Arrivé dans la cour de l’école, les instituteurs nous dirent de rentrer à la maison, ce que je fis. Je me souviens de l’arrivée dans la maison des allemands qui s’empressèrent de manger et boire ce qu’il y avait sur la table du débarras puisque le cochon avait été tué et que mes parents étaient prêts à le mettre en bocaux… »
« Je me souviens avoir poussé la poussette de ma sœur pour aller nous réfugier au Buisson et même  d’un jeune allemand qui m’avait donné quelques gâteaux… mais ma mère m’avait dit de ne pas les manger, qu’ils étaient empoisonnés. Et plus tard lorsque mon père revint je me souviens aussi des croûtes sur son visage non rasé ».
Il faut également signaler les témoignages d’enfants s’étant vu offrir des bonbons par des soldats allemands (dans la cour de l’école) ou leur avoir fait comprendre de repartir chez eux ou même avoir conseillé à certains de préparer les affaires pour un départ…
Vers les 11 heures 30, tous les hommes valides dont 2 vieillards de 88 ans furent ainsi rassemblés place du Foirail sur deux colonnes. Les plus de 50 ans et les moins. L’interrogatoire individuel commença… qu’en dire si ce n’est les examens de conscience…les pensées pour les parents ou les proches…la peur d’avoir été dénoncé… jusqu’à l’arrivée inattendue « des 2 prisonniers allemands de la veille ».  Ceux-ci passèrent entre les deux rangées des hommes retenus en otage, ne reconnaissant ou ne voulant reconnaître personne et pourtant… Un ouf intérieur de soulagement dut se faire entendre dans le for intérieur des hommes toujours retenus face au mur.

Les heures s’égrenaient avec l’épée de Damoclès suspendue au-dessus des hommes toujours aussi stoïques. Quel sort leur réservait-on ? Avaient-ils soif ? avaient-ils faim ? avaient-ils même encore la notion du temps ?
Vers les 16 heures 30 un ordre bref enjoignait les 64 personnes de moins de 50 ans, de monter dans deux camions réquisitionnés pour s’en aller vers une destination inconnue avec quelques tourtes et gâteaux remis à la sauvette par MM. Nebout et Pompougnac.

Un témoignage nous conte comment un jeune couple de Mauzens se rendant ce jour là à Rouffignac pour faire les courses se vit lui aussi embarqué dans cette inextricable  spirale de la terreur et amené sur la place avec tous les hommes. Heureusement que le mari, réussissant à se faufiler dans la colonne des plus de 50 ans put ainsi éviter des lendemains  plus dramatiques.

(Texte et Source M. André Carret)

Claudine Gorce-Courret ( 2009 et 2014)

« Le matin du 31 mars 1944, mon père, Alphonse Gorce, entrepreneur de maçonnerie à Mauzens et Miremont, devait passer par Rouffignac à bord d’un camion conduit par un chauffeur, pour aller chercher des tuiles dans les environs. Le camion transportait également le vélo de ma mère qui comptait, une fois quelques emplettes faites, revenir à Mauzens par ses propres moyens. Un peu avant d’arriver au village, ils virent sur le bord de la route un habitant qui leur dit que les Allemands étaient sur les lieux.  Le chauffeur du véhicule lui répondit qu’après tout, ils n’avaient rien à craindre et qu’ils iraient tout de même chercher les matériaux.Une fois parvenus à Rouffignac, ils se virent intimer par les nazis, l’ordre de descendre du véhicule ; ils furent conduits sur une place où les Allemands amenaient les habitants qu’ils faisaient sortir de chez eux et qu’ils répartissaient en deux groupes : les femmes d’un côté, les hommes de l’autre; ma mère et mon père furent donc séparés. Bientôt, les nazis commencèrent à faire monter des hommes jeunes dans des véhicules ; voyant cela, mon père (il avait alors 34 ans), se trouvant au dernier rang de la colonne, réussit à se glisser parmi les hommes plus âgés. Ils restèrent ainsi toute la matinée et une partie de l’après-midi sous la surveillance de sentinelles. Pendant ce temps, les soldats allemands entraient et sortaient des maisons, emportant des victuailles et des bouteilles de vin en se regroupant ici ou là pour faire bombance. Vers la fin de l’après-midi, les quelques soldats qui gardaient les femmes et les hommes âgés, plaignant sans doute leur part du festin, abandonnèrent leurs postes respectifs en  faisant signe à leurs prisonniers de partir. Mon père se précipita alors sur le vélo du curé Monteil, prêtre du secteur, qu’il avait repéré (ce dernier avait été emmené par les Allemands). Ma mère enfourcha promptement le sien et tous les deux partirent en pédalant le plus vite qu’ils purent : la très longue descente vers Mauzens et Miremont facilita également leur échappée. Le lendemain matin, mes parents virent des papiers en partie calcinés avec en-têtes de la mairie et aussi, je crois, de l’école de Rouffignac, que le vent avait transportés jusque devant leur maison ! J’avais un an et deux mois : je rapporte ici ce qu’ils nous ont souvent raconté, à moi, à mon mari et à notre fils Nicolas, laissant de côté les différents états d’âme dans lesquels ils étaient passés au cours de cette longue et pénible journée, certains détails restant trop flous dans ma mémoire pour que je les retranscrive avec précision… »

(Texte et Source M. André Carret)

Gabriel Goursolle

« Le matin du 31 mars vers les 8 h 30 alors que je préparais du bois chez M. Delbut, j’entendis crépiter vers la Pinsonnie le tir d’armes automatiques. Peu de temps après ce fut le roulement des camions, des automitrailleuses, le bourg était cerné. Je pris aussitôt la fuite au Peyrot où je me cachais dans les genévriers de l’Albétie. C’est là que le tir recommença venant de Grolet en direction de maquisards fuyant vers Touvent. J’arrivai à l’Albétie et trouvai le gendarme Sureau en civil. Ne pouvant poursuivre, l’on décidait rapidement, de regagner la localité pour se cacher dans la cave de la gendarmerie. Hélas vers les 10 h 30 l’allemand est devant la boucherie Vilatte, l’arme à la main qui nous ordonne de grimper dans un camion. Nous y trouvons 3 personnes : Mme Cirozat et deux hommes de Milhac. L’on nous conduisit sur la place où nous nous attendions à être fusillés. En effet, disposés devant le mur de chez M. Nebout, un détachement prenait position derrière nous. Nous entendîmes M.Buc avec son tambour qui parcourait les rues informant la population que tous les hommes valides devaient se présenter sur la place. Et bien vite nous fûmes entourés par nos concitoyens tout aussi angoissés que nous. Alignés sur 3 colonnes, les 2 prisonniers allemands de la veille (lors de leur arrêt devant le Café de France) se dirigèrent vers nous. Un officier allemand nous lança « hier vous étiez contents… » Volontairement ou non, toujours est-il que les 2 ex prisonniers allemands n’ont reconnu ou voulu reconnaître qui que ce soit.
Et puis les questions sur le maquis recommencèrent et recommencèrent sans jamais aucune réponse. Mme Nebout réussit à nous faire passer un peu de pain et des grillons puis 2 tourtes que nous embarquâmes plus tard sur les camions. Une fois sélectionnés, il fallut s’installer dans les camions français réquisitionnés…finies les illusions ! Deux automitrailleuses nous escortèrent : une devant, l’autre derrière et nous arrivâmes à Azerat où l’on nous enferma dans la cour de l’école face aux mitrailleuses.  Et à nouveau ce fut l’interrogatoire. Puis s’approchant d’une personne, l’officier la gifla brutalement, appela un jeune volontaire qui introduisit 3 balles dans son fusil et 100 mètres plus loin, est abattu Monsieur Khantine professeur à l’Ecole Navale reconnu d’origine juive. A ce moment arriva un messager en moto remettant un pli au commandant. « Vous avez de la chance, tous vers Périgueux. ».  Cette chance vient je crois du fait qu’aucune arme n’ait été trouvée à Rouffignac lors des fouilles. A nouveau installés dans des camions allemands cette fois, nous prenons la direction de Périgueux. Mais, sachant que les allemands aimaient les représailles sur les lieux d’acte de terrorisme, je ne reprenais espoir qu’après avoir franchi le croisement de la route de Lalue.
Nous arrivons au 35° où étaient déjà entassés quelques 150 autres malheureux otages et où nous restâmes jusqu’au 4 avril. « Je me rappelle tout comme son ami Jacky Bordas que tous nos excréments étaient dans les coins et que les allemands obligeaient les femmes à les enlever à la main. Le 4 avril nous partions vers la caserne de La Pépinière à Paris puis vers Gratz en Autriche puis en Yougoslavie pour travailler sous terre pour une usine d’aviation… » !

Il nous faut également signaler les témoignages d’enfants de l’époque, qui se rappelaient que « certains soldats allemands leur avaient offert quelques bonbons dans la cour de l’école…» ou même que certains leur avaient fait comprendre de repartir chez eux… ou de préparer leurs affaires pour un… « départ… »

(Texte et Source M. André Carret)

Témoignage du samedi 27 décembre 2007 recueilli chez Jean Mergnat

« Marie Georgette Gautier née Mergnat de parents agriculteurs, avait 12 ans et fréquentait à cette époque l’école, avec Mlle Ramisse institutrice. Elle se rendait seule à l’école à bicyclette pour les 9 heures. Sa cousine Marie Jeanne venait à pied. Dans la classe, comme l’école était un peu surélevée, les enfants voyaient passer par les fenêtres, les pointes des armes allemandes (Il y avait en effet quelques marches pour entrer en classe). La matinée se passa tant bien que mal, objectif : rester calmes, sans se faire remarquer…elle alla ensuite manger comme d’habitude avec sa cousine chez Mme Rouvès (menuisier ami de ses parents) qui habitait du côté de chez M. Lablénie. Dans le trajet, elles passaient devant le monument aux morts et ce matin-là, elles virent les hommes rangés sur la place avec les allemands autour. Un allemand demanda les papiers à une de ses copines un peu plus âgée qui bien sûr n’en avait pas mais il comprit que c’était une écolière… Le repas se fit avec une boule dans la gorge. Retour à l’école avec les hommes toujours sur la place. Vers les 16 heures comme le bruit s’était répandu que Rouffignac allait brûler et qu’il fallait partir, elle prit son vélo laissé chez le boulanger Estay et que quelqu’un pour s’amuser avait mis sur le tas de foin… elle se dépêcha de s’en aller sans les livres ni les cahiers. Lorsqu’elle arriva à la maison et qu’elle eut dit que les allemands allaient brûler le bourg, tous furent terrorisés. »
« A la cantine c’était Mme Lescot qui « trempait » la soupe ».

(Texte et Source M. André Carret)

Mademoiselle Pierrette Labrugère

L’après-midi, alors que s’éloignaient les 2 camions de prisonniers, était pour ainsi dire libérée Mlle Pierrette Labrugère retenue en « otage » sous une autre forme :

« J’avais 17 ans et le matin du 31 mars vers les 8 heures, je partais aux Cervotes  laver le linge lorsque je vis route de Saint-Roch un camion bâché, arrêté avec des soldats allemands. Au pied du camion deux hommes en bleu avec un béret sur la tête conversaient. Je partais néanmoins rincer le linge et à mon retour, les allemands étaient partout autour de la maison. Il y en avait de « petits », type asiatique, qui se balançaient, une grenade à la main. Bientôt d’autres arrivèrent avec des paniers d’œufs et de 11 heures 30 à 16 heures environ, ils m’obligèrent à les faire cuire.  Ils les passaient dans des gamelles et des assiettes à leurs camarades vautrés dans le fossé qui eux mangeaient des quartiers de canards à pleines mains en riant et chahutant. Lorsque je baissais le rythme pour me reposer, je sentais une pointe dans le dos qui me rappelait à l’ordre, et les œufs succédaient aux œufs… Lors du rassemblement, voyant mon père impotent, un allemand me répondit sèchement qu’on n’avait pas besoin de lui… Et lorsque je pus prendre mon « charretou » pour me diriger chez M. Guy aux Buissons emmenant  mon neveu qui, avec une broncho-pneumonie avait quelques 40° de fièvre, un allemand me fit comprendre que les avions allaient venir bombarder…. »

(Texte et Source M. André Carret)

Madame Thérèse Laroumagne (qui demeurait Rue des Fontaines)

« J’étais restée non loin de mon père retenu sur la place sans jamais pouvoir le ravitailler… et puis il y eut le tri puis l’ordre d’évacuer. Aussitôt, comprenant l’ampleur de cette décision, je me précipitai camoufler de l’huile de noix et des conserves dans du fumier… Je me souviens du tir de barrage du vendredi qu’il y eut sur Grolet où nous avions trouvé refuge, les balles sifflaient si près que je me couchai sur mes deux enfants apeurés… le dimanche après-midi brûlait à son tour le restaurant de mes beaux-parents. Nouveau départ vers Mérignac. Plus tard j’ai éprouvé une joie immense à la vue de l’uniforme français en la présence de gendarmes venus je crois de St.Cyprien ou Belvès et au fait d’avoir pu sauver quelques photos»

Synthèse de témoignages (recueillis en avril 1980) relatant ces moments

«   Les heures s’égrenaient avec l’épée de Damoclès toujours suspendue au-dessus de nos voisins et amis toujours aussi stoïques. Quel sort leur réservait-on ? Avaient-ils soif ? Avaient-ils faim ? Avaient-ils même encore la notion du temps ? »
Non loin d’eux, les mères, les épouses accompagnées parfois de leurs enfants en bas âge sentaient progressivement s’installer une atmosphère de tension étouffante, d’oppression indéfinissable, prémices aux grandes catastrophes.
Vers les 16 heures 30 un ordre bref enjoignait les 64 personnes de moins de 50 ans, de monter dans deux camions réquisitionnés pour s’en aller vers une destination inconnue avec quelques tourtes de pain et gâteaux remis à la sauvette par MM. Nebout et Pompougnac…

Puis, de longues files de familles éperdues avec leurs maigres provisions, commencèrent à s’éloigner du bourg pour être recueillies dans les fermes environnantes, à bras ouverts par des parents mais aussi des amis ou de simples connaissances. Et dans cette effroyable catastrophe, naquit un émouvant « élan d’entraide et d’amitié » qui apporta ainsi spontanément beaucoup de chaleur et de réconfort à ceux qui allaient tout perdre.
D’ailleurs, ces liens qui se tissèrent resteront à jamais gravés dans tous les cœurs et toutes les mémoires.
« Chacun devait emporter de quoi se couvrir et manger car à 5 heures le bourg devait être évacué » Les rumeurs les plus invraisemblables se firent entendre… L’évacuation désordonnée se fit avec des charrettes à bras, des charretous remplis d’objets les plus hétéroclites, … l’on vit également des mères avec leurs enfants dans des poussettes, quelques billets dissimulés sous les couvertures, d’autres enfants sur les épaules de leur grand-père qui poussaient un chariot grinçant, quelques femmes avec leur brouette d’où dépassaient quelques photos, chacun emportant ou croyant emporter l’essentiel pour subvenir quelques jours. Mais surtout tous tremblaient à la pensée du lendemain, de l’avenir, qu’une page était en train de tragiquement se tourner sur leur passé et que leur vie ne serait plus comme avant.
Parallèlement à cette précipitation et dans l’affolement général, si quelques soldats allemands aidèrent certaines personnes à évacuer leurs biens de premières nécessités, la grande majorité s’était précipitée pour piller sans ménagement et pour entasser leur butin dans des camions remplis de linge, de vivres, de meubles qui, paraît-il, partiront avec cette inscription « Dons des habitants de Rouffignac aux sinistrés du Reich (d’autres disent de « Berlin »)»
Vers les 20 heures s’entendirent les bombes incendiaires et s’élevèrent les premières flammes visibles des kilomètres à la ronde semant l’affolement et l’angoisse. En effet des collines environnantes, des témoins assistèrent impuissants à la disparition de tout un village de toute une Mémoire Collective et de son Patrimoine Familial.

(Texte et Source M. André Carret)

Témoignages des départs et de l’accueil

Madame Fernande Laval quant à elle se souvient bien de son arrivée au Maine chez ses beaux-parents où elle retrouva une dizaine de rouffignacois. Elle pensait être à l’abri des représailles loin du bourg mais ne sut plus tard qu’à 500 mètres de l’habitation (à 50 mètres de la Voie Royale), étaient camouflées des voitures du maquis…

(Texte et Source M. André Carret)

Madame Perrot

« La veille du sinistre, j’étais allée chercher mon fils Jean Claude au lycée de Périgueux et après Les Versannes, nous avions passé tout bouleversés près des cadavres de maquisards tombés sous la mitraille allemande. Le 31 mars lorsque mon mari se rendit sur la place et se vit poser les habituelles questions avez-vous vu ou aidé le maquis ? Nous commençâmes à nous affoler de crainte d’avoir été dénoncé. En effet au cours de l’hiver nous avions donné une nuit, de l’essence aux résistants. Voyant s’éloigner mon mari sur le camion de l’inconnu, le cœur déchiré, j’étreignis mon fils avec la force du désespoir et rentrai à la maison.
Dans la souillarde, les allemands ayant tout saccagé, buvaient et s’amusaient bruyamment…n’avaient-ils pas eu l’idée saugrenue de mettre un plat d’œufs sur la porte qui bien sûr se renversa à l’approche d’un des leurs…
Arrivés chez Carmen Carabella à Saint-Roch, la porte était close, je poursuivis avec Mme Nebout chez M. Bardet. Et le soir, lorsque les premières lueurs rouges s’élevèrent dans le ciel, je me mis à trembler, à trembler sans pouvoir me contrôler… c’était terrible…
Le lendemain avec Mme Nebout, avons décidé d’aller voir nos époux retenus à Périgueux après avoir récupéré un bidon d’essence dans son hangar qui n’avait pas encore brûlé. Mais à Saint-Roch, « les allemands sont à Tourtel, ils vont fusiller tout le monde » Nous revoilà à nouveau au Cheylard juste avant l’arrivée de soldats qui voulaient faire comme à Tourtel : c’est à dire embarquer les jeunes.
Mais avertis à temps les 4 hommes qui s’y trouvaient, s’étaient allongés pour se cacher derrière la haie bordant la terrasse sur laquelle patrouillait une sentinelle. Mon Dieu, Pourvu que… ».

  1. Raoul Pompougnac nous précise : « J’avais 15 ans et me dirigeai vers les 21 heures  sur les blocs de pierres blanches appartenant à mon père maçon à La Menique. De ce promontoire dégagé, je regardais cet immense brasier rougeoyant qui ensanglantait le ciel clair. Et cette image grandiose me revient toujours à l’esprit lorsque j’entends parler du 31 Mars… »

Sur les 64 personnes de moins de 50 ans qui furent embarquées vers Azerat puis au 35 ° à Périgueux, certaines furent libérées d’autres au nombre de 16 partiront prisonnières en Allemagne et rentrèrent à la fin des hostilités plus ou moins marquées par les souffrances et les privations. Mais ne reviendront pas MM. Sureau Marc, Cantot Albert, Duberger René et Grenier Jean les 4 gendarmes déportés dans les camps de concentration.

Samedi 01 avril 1944

Le lendemain, des papiers calcinés de la mairie se retrouvèrent à Giverzac et si le curé Marquay avait réussi à sauver son église et les 3 maisons attenantes qu’en était-il de ce terrible spectacle de désolation ?
105 maisons détruites et au milieu, des ruines fumantes semblant implorer la clémence des cieux, ces pans de murs noircis, ces ouvertures béantes violant l’intimité de familles aujourd’hui dispersées dans la campagne, sans parler de cette insoutenable odeur de soufre qui restera encore des mois durant et de ces 380 sinistrés….

(Texte et Source M. André Carret)

Madame Gabrielle Moulinier

« Paulette, Jacky, Roro et ma grand-mère aveugle, avions passé cette tragique nuit au Cheylard. Ce samedi 1° avril, Roro heureuse, déambulait dans les couloirs du château et quel ne fut pas son plaisir après m’avoir fait une gentille farce de m’annoncer : « Maman, Poisson d’Avril ! » avec l’insouciance propre à sa jeunesse car, quel triste poisson d’avril vivions-nous ? »

(Texte et Source M. André Carret)

Témoignage (en 1980 et suite) de Robert Nicolas sur le 31 Mars, le 01 et le 02 avril

Par 2 fois, les allemands vinrent chercher M.Delpeuch (Château de Tourtel) pour le questionner. A son retour, il nous annonça que le centre du bourg serait incendié. Effectivement nous vîmes brûler Rouffignac de la fenêtre de notre mansarde où nous nous étions réfugiés et toute la nuit nous avons entendu tirer autour du château. Le lendemain 1° avril, mon père revint à son atelier de peinture qui brûlait encore et qui brûlera encore 3 jours consécutifs et il retrouva, au carrefour de chez M.Lalot, le pinceau et le pot de peinture qui avaient servi à délimiter les zones à détruire. Il rencontra Victorien Carret (un autre entrepreneur charpentier) et ils commencèrent à ébaucher les grandes lignes pour tenter de reloger les sinistrés avec ce qui restait….
Mais au cours de l’après-midi arriva de Périgueux une seconde colonne d’allemands, je m’enfuyais avec un adulte et deux jeunes de mon âge (René Goursolle – Bernard Delpeuch et le petit fils de Mme Despeigne en direction de la Fromentinie qui était en fait, déjà occupée. Demi-tour et direction le Bas Gaillet mais nous avons été arrêtés et conduits au château de Tourtel où 32 personnes étaient alignées devant le fusil mitrailleur prêtes à être exécutés. Puis, sous l’œil angoissé de mes parents, je suivais avec René Goursolle  un officier allemand pour monter vers les 15 heures dans un camion où se trouvait déjà Léon Deltreil. Nous avons alors traversé le bourg en sectionnant quelques fils électriques qui pendaient au travers de la rue afin de libérer le passage pendant qu’un allemand plus âgé me disait « pas sauter, pas sauter… » Nous sommes arrivés chez M.Bardet qui hébergeait quelques ouvriers mais ne trouvant personne nous nous sommes dirigés vers Balou. Là, nous avons rencontré une autre colonne venant de Thenon. Nous avons pris la direction de l’Herm puis après un court arrêt dans la ferme où se trouvait M.Van de Put, nous avons pris la direction de La Bournéche pour embarquer Monsieur Ash. Ce fut ensuite La Gélie, Lacropte, Cendrieux, Ladouze, Les Versannes nous arrêtant de temps en temps pour récupérer quelques otages supplémentaires.
Nous avons passé la nuit dans l’ancien couvent de St.Pierre de Chignac et c’est là que M.  Ash eut toute la nuit « le hoquet de la mort » comme il nous disait.
Le 2 avril nous nous sommes dirigés vers Azerat, La Bachellerie où nous rejoignit Monsieur Michel sénateur, pour enfin nous immobiliser dans l’école de Condat où déjà étaient alignés 22 autres camarades. Arrive un officier qui nous lance : « si vous ne voulez pas parler, vous serez tous fusillés… » était-ce la fin du voyage ??? 18ans ½ !!!
Derrière l’école, deux personnes juives furent fusillées dont M. Ash, une troisième fut abattue aux carrières. Ce fut tout. Deux camions bondés nous amenèrent au 35° RAD…où je retrouvais mes amis rouffignacois. Les questions se mirent à fuser pour avoir des nouvelles de Rouffignac, des familles… créant une certaine rumeur bien vite dispersée par une rafale de mitraillette tirée par un gardien dans les carreaux du manège.
Ce fut ensuite La Pépinière, Gratz où j’ai dû travailler quelques 3 semaines à faire sûrement des fours crématoires puis ce fut Liezen… »
(Voir témoignage plus complet recueilli dans les années 2002… et se trouvant dans « Résistants et amis »).

Mais revenons à nos pauvres Rouffignacois qui s’affairaient à tenter de récupérer quelques objets d’infortune, quelques matériaux mais que pouvaient-ils récupérer ???
Et pourtant Mme Maurice Pompougnac qui avait passé la nuit chez M.Cheyrou au Moulin Haut, rencontra en remontant au bourg, un allemand compréhensif qui lui disait «  vous avez tout perdu… » mais, sortant les photos de ses enfants lui répondit » j’ai le plus précieux ».  Puis avec Mme Delbut elle arriva devant les ruines de son magasin et fut stupéfaite de découvrir au milieu des décombres, la photo de son mari.

Dimanche 2 avril

Nous allons retrouver quelques instants Gabriel Bonnet que nous avions laissé en compagnie de son ami Lucien Lasserre.
— « Nous avons passé à Saint-Cernin, les Châties, Laudinie, La Meyssandie et je me retrouvais dans une grange de La Pradelie avec une quinzaine de personnes qui bien vite, se séparèrent pour aller dormir sous les sapinettes conscientes de leur imprudence….
Sans nouvelles des miens je m’approchais de la Deymarie et faisais un bon « chabrol » chez Marcel Crouzet mais une nouvelle fois, il fallut regagner les bois car les allemands arrivaient. Je m’élançais à nouveau vers Saint-Cernin sentant la poigne allemande derrière moi telle une main invisible qui me suivait comme mon ombre. Je ressentais l’atroce sensation de me faire rattraper après avoir été rescapé du front allemand, d’autant, qu’à l’approche de Saint-Cernin, stationnait une automitrailleuse prête à m’accueillir….
Le dimanche soir, je retrouvais ma famille chez Mme Madieu à Rousty. Quelques temps après nous nous installions 4 dans un petit cabanon d’environ 16 m2 après avoir récupéré dans les décombres un lit en fer brûlé et avoir confectionné un matelas avec des sarments de vigne…Puis ce fut le luxe avec les baraquements… »

Toujours ce dimanche matin, Mme Perrot se souvient : « je décidai d’aller prier et avec Mme Pompougnac  nous étions en notre église attendant l’abbé Marquay. Soudain entra un groupe d’allemands qui nous fit sortir, nous expliquant qu’ils allaient finir de brûler les maisons, nous précisant le nom des propriétaires ainsi que toutes les habitations dans un rayon de 3 kms. Et bien je vous dis « merde » répondit Mme Pompougnac. Venez donc nous aider à déménager au moins les médicaments de chez le docteur Girma. Ils nous conseillèrent de les mettre le long du mur du cimetière. Jeannot et Jean Claude nous aidèrent jusque vers les 15 heures puis, la tache achevée, ils nous obligèrent à nous éloigner en tirant en l’air pour nous effrayer. Quelques instants après le lance-flammes réduisait à néant nos efforts ».

(Texte et Source M. André Carret)

A présent ce qui suit, va peut-être nous expliquer les raisons pour lesquelles le château de La Falquette ne brûla que le dimanche.

Madame Raymonde Deltreuil (24 ans)

« Nous étions mon mari et moi employés à la Falquette chez M. André Lagarde comme jardiniers et cuisinière et, le 31 mars était notre anniversaire de mariage. Après avoir tous mangé une bonne soupe au fromage en guise de casse-croûte, mon mari se préparait à partir vers les 9 heures semer les pommes de terre à Touvent en compagnie de Charles Magne l’oncle de Louis Carret. Mais tout était encerclé puis occupé. Vers midi il me fallut même faire cuire 36 œufs pour les allemands qui les consommaient sans pain. Le soir j’ai couché avec ma mère dans une carrière à Boujou sous la paille, mon mari ayant subi le même sort que les autres.
Le dimanche, revenant au château, je constatais que toutes les pièces étaient reliées par un cordon qui partait du rez de chaussée et auquel étaient attachées des bouteilles tous les 4 ou 5 mètres…Le château se désertait…., il avait dû en effet servir de quartier général car nous retrouvâmes quelques 130 bouteilles vides disséminées à travers tout le parc. »

Si les hommes de plus de 50 ans furent libérés le soir même, parmi le convoi des 64 qui partit vers le 35 °, Pierre Bayle, Jean Pierre Bordas, Emilien Debiard , Gabriel Débiard, André Delingeas, Louis Delmarès, Abel Deltreuil, Dumas, Gabriel Goursolle, René Goursolle, Jean Joubert, Georges Lacoste, Paul Magne, Robert Nicolas, Yves Roumagne, Pierre Rouvès étaient libérés ultérieurement ou partaient eux vers l’Allemagne nazie. Et le profond et douloureux sillon de souvenirs laissés derrière eux, se refermait progressivement au fur et à mesure qu’ils s’éloignaient de leur cher « Arbre de la liberté » au pied duquel, ils avaient tant devisé
Quelques jours plus tard, le retour des premiers otages libérés, redonna un peu confiance aux familles si cruellement éprouvées.

Pierre Pompougnac raconte que l’abbé Marquay qui s’était au tout début des événements du 31 mars proposé comme otage, s’écria en le voyant revenir « je ne m’attendais pas à vous revoir car le général allemand m’avait dit que Rouffignac serait rayé de la carte et tous les hommes fusillés.. »

En 1980,  Maurice Pompougnac son frère nous conta, que prisonnier de guerre à Stuttgart dans le Wurtemberg’, il avait appris d’un camarade qui écoutait la radio anglaise chez son patron cultivateur, que « Rouffignac en Dordogne avait été brûlé par les allemands ».

Lors de la collecte de ces témoignages ; nous ne pouvons pas ne pas mentionner deux thèmes revenant souvent dans les conversations :
le premier pour évoquer leurs pensées envers plus particulièrement  les personnes seules ou âgées qui assistèrent impuissantes à l’anéantissement de leurs biens, fruit de toute une vie de travail comme Maître Andrieu Delille âgé de 87 ans qui n’abandonna son étude qu’expulsé par les allemands.

Le second pour relater combien l’accueil trouvé par eux « expulsés », auprès de la population rurale environnante fut partout des plus chaleureux et réconfortant. Que de magnifiques élans d’amitié et de solidarité se sont créés aussi spontanément et qui resteront des années durant.

(Texte et Source M. André Carret)

Gabriel Goursolle

C’était  le camp Gemain Schalager I à Maribor (Yougoslavie qui actuellement se trouve je crois en Slovénie). Nous retrouvons à présent le parcours de Gabriel Goursolle jusqu’à son retour à Rouffignac.
« Là nous travaillâmes sous terre dans une usine d’aviation, fabricant des pièces pour moteurs, des hélices qu’il fallait usiner car la matière première venait des fours. Il y avait quelques 1500 personnes de tous les métiers même par exemple des menuisiers pour les boîtes de protection…. »
Gabriel dit Bébé ajouta  qu’il ne se sépara jamais de son ami Titin (Gabriel Débiard de Teysonnière).
« Souvent la nuit, nous entendions des accrochages dans la montagne, entre les allemands et le maquis de Tito. Ce dernier était efficace et même une fois il y eut un maquisard déguisé en allemand qui se promena dans l’usine pour espionner… J’eus même la possibilité de rejoindre ce maquis et une nuit, ayant quitté le baraquement vers les 11 heures, je me retrouvai avec quelques autres prisonniers dans une ferme attendant un avion pour « le grand air »… Mais vers 4 heures du matin on les avertit que la région était cernée par les S.S. et qu’il fallait tout de suite partir afin d’éviter au fermier d’être fusillé.
« Mais comment reprendre à 10 heures ma place dans l’usine alors que je n’avais pas pointé? Sans me changer j’arrivai au baraquement où un copain me dit en rigolant: et moi qui te croyait en France…Je me dirigeai vers l’usine et entrai en expliquant aux surveillants que je venais de demander un autre ensemble de bleu de travail auquel nous avions droit de temps en temps… Cela passa et me voici à mon poste, près de Titin heureux de me retrouver (car il ne s’était pas décidé à participer à cette aventure). Il m’expliqua qu’ayant l’habitude de toujours travailler ensemble, les surveillants lui avaient demandé où avait passé son camarade et mon ami Titin de répondre qu’il devait être malade.
Je me mis à travailler vite pour faire un tas de pièces et montrer que j’étais là depuis le début…Arrive un gradé qui ne m’avait jamais plu, il me demande de bien vouloir montrer ma carte de présence et chose inattendue, il la signe. Ouf plus rien à craindre. (Petite anecdote : un ami alsacien nommé « Nericlos… » ancien réfugié à Périgueux souhaitant lui aussi entrer dans le maquis et partir, était resté dans la nature après le contrordre, au lieu de rejoindre l’usine… Mais il fut repris et amené à Dachau…)
Nous continuerons donc à manger des choux-raves jusqu’à la fin de la guerre…
Celle-ci arriva lorsque nous avons entendu le canon russe à quelques 30 kms qui nous redonna espoir et, tout en continuant à travailler jusqu’au dernier moment nous commencions à préparer quelques affaires…. En ce dernier jour, avec Titin et quelques camarades, nous sommes revenus au baraquement manger des grillades de cochons car sentant la fin proche, nous avions sacrifié celui que nous avions engraissé avec les restes…
L’après-midi, nous ne sommes pas revenus travailler mais de toute façon les gardiens reçurent l’ordre d’évacuer vers les 16 heures. Il fallut se regrouper et partir en colonnes vers Gratz. Il y avait des jeunes amenés des chantiers de jeunesse des Pyrénées et faisant partie de ma classe. A Gratz, nous décidons de prendre le train pour Lindtz en Autriche libérée et arrivons au terrain d’aviation. Là, nous sommes tous impressionnés par les forteresses volantes américaines. Par groupes de 40 elles s’envolent pour Merville près de Lille… En 3 heures nous sommes à Paris, gare du Nord, c’est le Vel d’Hiv en camion où on nous changé les marks contre des francs puis c’est le train vers la Dordogne toujours avec Titin. (nous étions partis ensemble et sommes revenus ensemble…) Plus tard nous avons revus à Rouffignac « Nericlos… » l’alsacien, qui était venu chercher des papiers et puis il disparut définitivement ».
Parlant de la plaque commémorative  apposée à la mairie, Gabriel Goursolle tient à préciser que ce ne fut pas le général De Gaulle qui remit la médaille militaire à Rouffignac mais bien le général Duchet commandant la 4° Région militaire de Bordeaux. D’ailleurs Lucien Lafaysse soldat y avait présenté les armes. Le général Duchet était un ami de Monsieur Chaussade maire, car il jouait ¾ aile au rugby au C.A.P. avec Duchet. Pour cette remise, l’épouse du commandant avait également été invitée et ils avaient tous mangé chez la Marcelle Montauriol dans le baraquement près de l’ormeau. »

(Texte et Source M. André Carret)

Témoignage de M. Florentin Delpech

Sachant que nous recherchions des témoignages sur le 31 Mars 1944, Florentin Delpech nous avait fait parvenir son récit, écrit le 8 février 1971
intitulé :
« Evènements Souvenirs » de la période 1942 – 1945

En voici l’essentiel :
« La résistance dont je pris la charge, débuta en juillet 1943 par la sollicitation du Dr Cruveiller vétérinaire au Bugue (et mort en déportation). Je pris contact auprès d’amis sûrs et en peu de temps six sixaines furent créées avec leurs officiers. Ce premier groupe de maquis s’installa à Peylon et nous l’avons ravitaillé de notre mieux. Mais le lieutenant (Leclair) arrêté, nous les avons fait déplacer à Mouret (Peyzac Le Moustier). Puis delà dans la région de Vergt. J’ai eu 2 fois l’occasion de livrer des tickets de ravitaillement, la nuit à vélo. Les candidats au maquis étaient dirigés chez M. Cruveiller et ils avaient de faux papiers car j’avais plusieurs tampons de mairies chez moi. Le 14 février 1944, les bôches, prévenus de maquisards vers le Moustier s’y rendent en faisant dans le bourg des prisonniers : M. et Mme Roye – Lesvignes G et Salviat A. A leur retour, Ils s’arrêtent et je suis mis dans le camion à coups de crosses ……. à cause de mon activité de résistant et à cause de futs d’essence déposés par un autre groupe de résistants dans un local tout proche. Heureusement j’ai pu avaler une liste de camarades. Le convoi fut attaqué par le maquis près de Niversac. Des allemands furent blessés ou morts. Conduit au 35°au poste de police où je fus fouillé, portefeuille et couteau retirés et dirigé dans la cellule N°5 avec autre prisonnier. Mais évitant de se parler de crainte de…J’ai passé 3 interrogatoires au P.C. de la Gestapo (actuel Crédit Lyonnais) …..un, qui me voyant a fait un demi-tour précipité. Je fus interrogé par deux vieux officiers pas de SS . M. et Mme Roye furent dirigés vers l’Allemagne dans les camps de la mort, Lesvignes, Salviat et moi avons été libérés au bout de 8 et 14 jours.
Peu de temps après le groupe de l’école des cadres du CDT Dubois (Coy) capturait 2 officiers allemands vers Fossemagne, passèrent à Rouffignac, offrirent à boire qu’ils refusèrent puis partirent vers Plazac. Il n’y a pas eu de manifestation quelconque à Rouffignac en présence des Allemands. (je me suis trouvé sur place à ce moment.)
Les événements qui vont suivre étaient semble-t-il connu ……., car le soir du 30 mars en rentrant de classe, ma fille nous a dit : un enfant …..m’a dit que le
lendemain les Allemands devaient venir occuper les écoles. (J’ai plusieurs témoignages dans ce sens.)
(Fin du récit tapé à la machine.)
Signature et
Retraité
Conducteur T.P. equipement

Un second feuillet est intitulé
« Destruction du bourg le 31 Mars 1944 par les troupes allemandes »

(Nous y retrouvons le déroulement de la journée mais avec quelques précisions sur l’arrivée des hommes au 35° d’artillerie à Périgueux)….
« …..Après l’assassinat de Pierre khantine, arrive une auto avec deux officiers, une vive discussion s’engage entre eux et après quelques odres brefs, nous sommes à nouveau hissés dans deux autres camions et sommes à nouveau partis vers une destination inconnue. Nous arrivons au 35° à Périgueux parqués dans ce maudit manège. Interdiction nous est faie de parler à qui que ce soit.. Interdiction également est faite au président de l’ADP (M.Merle) de nous donner à manger étant considérés comme terroristes. Dangereux. L lendemain nous avons eu droit à quelques vivres envoyés par l’ADP et 3 jours après à un peu de paille et d’eau. En attendant nous avons du nous étendre sur le crotin et la poussière. Il y avait déjà une centaine de detenus avec nous, cela faisait environ 170 personnes hommes et femmes sans latrine et sans eau. J’ai yu donner l’ordre aux juifs de rassembler dans un récipient sans pelle ni outil d’aucune sorte…..AVEC LES MAINS !!.. Ces malheureux ont du s’acquitter de cette besogne. Près 3 ou 4 jours les juifs ont été transférés autre part. Certains parmis nous étaient malades mais impossible de les faire soigner malgré les nombreuses inerventions de notre docteur Girma inerné avec nous. Au cours d’une conversation entre le docteur Girma et un officier allemand qui parlat assez bien le français en présence de M. Nebout et moi-même qu’il avait sur son bureau un tas de lettres de dénonciation de 10 à 15 cms d’épaisseur venant de Rouffignac L’un de nous est devenu fou et il a été enfermé dans une cellule et puis en Allemagne au STO Nous aions dans notre groupe 4 gendarmes de Rouffignac arrétés en même temps que nous.
Quelques jours après notre arrivée au 35° nous sommes triés par age. C’est ainsi que 15 de nos jeunes sont dirigés vers le STO en Allemagne sans
que leurs familles soientt prevenues, ceci pour ne pas parlé et s’être conduits en bons Français. Les plus âgés avons été libérés par ptits groupesentre 10 et 188 jours. …….Une jeune veuve fut violée par plusieurs SS.……..
« A mon retour de captivité du 35°, j’ai repris mon travail aux Ponts et Chaussées pour le déblaiement du bourg
……………………….Beaucoup d’autres faits pas très honorables pourraient être dévoilés mais par espect à leur famille qui n’en sont pas responsables, je ne le dirais jamais. » » » » » » »
La direction du groupe de Rouffignac FTFP est confiée à, DE CONCHA.
Suit la signatire et dessous :
Retraité de l’Equipement.

(Les témoignages que vous trouverez sur ce site n’engagent que leurs auteurs.)

Les Résistants

Les Résistants

Les Victimes

Les Victimes