Rouffignac-st cernin de reilhac
Victorien Louis Carret
Espace Mémoire
Victorien Carret
Mais, la guerre terminée se posa bien vite le problème du « relogement ».
Heureusement que le village avait obtenu l’aide de prisonniers allemands. Ils étaient regroupés dans le campement situé entre le château du Cheylard et la route des Piconnies, surveillés notamment par deux rouffignacois dont Jeannot Chaminade. Certains étaient employés à nettoyer le bourg : dégager les rues faisant de longs tas de pierres pour préparer de futures reconstructions …. D’autres à creuser avec des ouvriers locaux la tranchée de l’eau de St Marcel au bourg et d’autres enfin travaillaient chez différents artisans pour les aider à remettre en marche l’activité et répondre aux très nombreuses demandes. C’est ainsi que fut affecté Willy, prisonnier, qui s’adapta à tous les services demandés, étant toujours le premier devant la scie avant l’embauche avec le matériel prêt à l’emploi.
Rapidement cette petite entreprise ne cessa de progresser tant pour le personnel que pour les chantiers et travaux divers. C’est qu’arrivèrent progressivement ces fameux baraquements (les baraques comme on les appelait) ce qui nécessita l’embauche de G. Pialat – René Rouvès, le scieur, et Dartenset du Puridier. Et c’est grâce à Edmond, cousin du maire Fernand Lablénie, qui établit une correspondance très fructueuse auprès les différents ministères concernés. Ainsi, outre son intervention auprès du ministère de la Reconstruction pour obtenir une quarantaine de baraquements en bois, livrés au début par trains puis plus tard par camions.
Ce fut encore grâce à cet « appui » que fut réglé en 3 mois, avec la société Fibrociment de Poissy, le problème de fuites des premières couvertures posées. Et puis Victorien laissa progressivement les rênes de la petite entreprise au fils Louis.
Concernant la scierie, nous devons rappeler qu’avant de scier il fallait voir les bois avec les propriétaires, les cuber, proposer un prix. Ensuite avant l’arrivée de la tronçonneuse PPK tenue à deux, il fallait abattre les arbres au passe-partout en s’aidant de la hache et des coins.
Puis, intervenaient un certain Fontalirant de Prisse, frère du transporteur rouffignacois, qui avec ses juments sortait les billes au bord des voies d’accès. Un peu plus tard pour les débarder il y eut, prêté par Pierrot Courserand, un genre de GMC plateau court de l’armée américaine style 4 x 4. De là, avec l’aide du fardier ou chargées sur le camion avec la « Chèvre », les « billes » étaient transportées devant la scie.
Entrait alors en action René Rouvès qui, avec la scie à ruban à grumes, débitait en fonction de la demande. Certaines belles billes étaient mises à sécher pour la menuiserie, les autres débitées en planches, poinçons, pannes, chevrons pour les charpentes qui se traçaient au cordeau rouge sous le hangar. Quant aux relèves elles étaient coupées à la scie circulaire puis vendues comme bois de chauffage pour les cheminées, poêles ou premières chaudières jusqu’à l’arrivée plus tard du petit Fergusson avec la benne hydraulique de sa remorque qui favorisa les livraisons à domicile.
La sciure de son côté était récupérée surtout par les garages de mécanique automobile ou même chargée sur le camion par des tabaculteurs pour faire sécher les feuilles et notamment près des Eyzies chemin du Bout du Monde, en échange de quelques beaux poissons.
Parallèlement à cette activité, fut demandé par la SNCF la confection de traverses de chemin de fer. Le marché fut bientôt plus important avec l’arrivée des traverses de la scierie Dupuy de Plazac qu’il fallait, après contrôle, charger, amener en gare de La Gélie et décharger.
Suite aux traverses, se débitaient en planches les pins maritimes pour le local mais aussi pour des marchés extérieurs (notamment l’Egypte). Comme la scierie tournait à plein régime, les piles de planches s’entassaient et nous permettaient avec les copains de la « Cité », lorsqu’elles n’étaient pas trop hautes, de faire de l’escalade avec les lattes qui dépassaient et de s’y cacher. Que de moments de bonheur nous y avons trouvé là, tout comme avec le chariot à débiter qui nous permettait avec Jeannot, Michel Fifi, Alain ou autres copains d’y jouer aux westerns en sautant du chariot en marche lors d’une « attaque de gare »…quitte à le faire dérayer…
Tout ceci demandait de très longues et pénibles journées d’organisation et de travail car tous les matins, le matériel était prêt pour l’embauche à 7 heures des ouvriers, sans parler des voyages dans le Massif Central (à Ceyssat) pour aller chercher le dimanche du sapin d’Auvergne : aller-retour plus repas, chargement dans la journée et prêt le lundi pour une nouvelle journée de travail.
La charpente posée, il fallait couvrir et, comme nous étions en pleine reconstruction, il fallut se réorganiser et se lancer dans le dépôt de matériaux de constructions.
Ici Gabriel Bonnet déchargeant du sable de Vézère du Bac de Sors
Outre les différents sables, il fallait aller chercher la chaux et le ciment naturel à St-Astier ou Allas les Mines ; le ciment artificiel Lafarge à La Couronne (près d’Angoulême) ; les tuyaux en ciment d’évacuation avec les parpaings en mâchefer chez Reynaud à Condat, tout comme les buses de puits livrées à notre « sourcier » M.Dougnac de Martillac qui les trouvait et creusait les puits .
Pour les tuiles et briques ce fut d’abord à Tourtoirac : les ouvriers les manipulaient sorties du four avec les gants taillés dans des chambres à air….Il y avait aussi les usines de Puy Blanc, Roumazières, une autre près de Mussidan sans parler de celle des frères Cluguis de Thenon.
Cette période permit d’embaucher les frères Devaleix de Prisse et plus tard Louis Romagne. Puis Jean Claude Lescure, jeune motivé et consciencieux, qui d’ailleurs rachètera le fond avant de prendre lui-même sa retraite et le laisser à Thomas Valognes.
Le chauffeur fut Gabriel Bonnet, que nous retrouverons toujours volontaire dans les associations, qui aimait raconter ses trajets à La Couronne (16) pour le ciment artificiel, l’arrêt au Pontaroux avec le camion, ou bien le Bac de Sors (24), avec de temps en temps un arrêt rapide chez « Jeannette ». Sociable et de bonne humeur il aimait vanter les qualités de « moun camiöun » en comparant les performances de l’Unic à celle du Berliet de Vidal entrepreneur de maçonnerie, dont le chauffeur était Samson et qui allait lui aussi se ravitailler aux mêmes sources.
Sur la photo lors de la remise de la médaille des 30 années de Service nous reconnaissons de bas en haut et de gauche à droite : René Rouvès – Jean Claude Lescure – Louis Romagne Haut : Louis Montauriol – Louis Carret – Gabriel Bonnet- André Carret et Marie-Louise Bonnet.
Souvenirs d’André Carret
