Rouffignac-st cernin de reilhac
Marcel Venant Menuisier
Espace Mémoire
Marcel Venant est né le 15 août 1908 à Laquin. Le père était journalier notamment à l’Herm où il s’occupait entre autres des vignes. Les parents allèrent ensuite vivre à La Pataunelle (dans l’ancienne auberge des Anges après y avoir refait la toiture). Lorsqu’il avait 9 ans, son père mourut à la guerre (comme ses 5 cousins).
La mère envoya quand même les enfants, qui l’aidaient, à l’école de Rouffignac. Marcel, qui apprenait bien, puisqu’il eut son certificat d’études à 12 ans, avait été proposé pour continuer ses études mais il fallait « aider »…
Ainsi, il entrera en1920 apprenti menuisier chez M. Vilatte beau-père de M. Lagacherie. La menuiserie était à côté de chez M. Rudelle au fond du bourg. Il y restera jusqu’à ses 16 ans. Il allait au travail en sabots et avait le repas de midi. Puis, en tant qu’ouvrier menuisier, il ira travailler en 1925 chez le père de Pierrot Rouvès, dont l’atelier se situait près du monument aux morts en dessous de chez M. Guindre. Petit à petit ce sera Pierrot qui prendra la suite dans l’atelier rue des Fontaines.
Il gagnait 12 Francs par jour, faisant des escaliers, tonneaux, portes et fenêtres. A l’époque, il fallait 3 jours pour faire une fenêtre avec les mortaises faites avec le bédane et le maillet (actuellement on en sort 8 à l’heure). Il fallait débiter avec une scie à main et le chêne était de bonne qualité.
Arrive la guerre, Marcel ne part pas étant à l’hôpital à cause de son bras.
Marcel fera un peu de résistance avec le groupe de Peylon chez De Concha surtout pour la surveillance…
Le curé Marquay le mariera en 1943, le 30 octobre, avec Louise Marguerite Poumeau qui habitait à Lacoste. Ils vécurent encore un an à La Pataunelle puis à Lacoste. Après l’incendie de Rouffignac, ils s’installèrent à La Menoue.
Il s’associa quelques années avec Pierrot Rouvès. De cette association il se souvient qu’ils avaient juste terminé la maison de Désiré Delbut lorsque deux jours plus tard elle brûla le 31 mars 44. Ce 31 mars, il était parti travailler à La Brugue chez Courteix ce qui le sauva des Allemands.
En 1945 il s’installe à Rouffignac, à La Ménique, commençant à monter les baraquements. Le voilà maintenant travaillant conjointement mais indépendamment avec Jean Jourdes qui rentrait de prisonnier, aidés par des prisonniers allemands.
Il obtint un baraquement pour installer son atelier avec une raboteuse dégauchisseuse « route du Buisson » entre chez Pierrette Guillou et la scierie de M. Leymarie. Il travaillera un mois à Tourtel pour faire ou refaire les tonneaux,
Il installera les portes et fenêtres des maisons de MM. Janot, Juge, Thiesse, Andrieux, Vilatte, Lablénie, Pompougnac épicier, Fontalirant toujours en partenariat avec Jean Jourdes.
En 1955 il achète le terrain route de Thenon et fait bâtir son atelier en 1966 qu’il complète avec la scie, et la ponceuse. Les menuisiers ne manquaient pas à cette époque : Guy des Buissons – Jean Jourdes – Pierrot Rouvès – Pierre Rey qui était en plus ébéniste – Bourzat qui s’installa au-dessus du garage Barry mais resta peu de temps. Comme apprenti il eut Guine, le frère de Christian – un Deltreuil à Boujou chez Charli et Fernand Joseph.
Il travailla toujours main dans la main avec Henri Nicolas le père de Néné.
Il faisait aussi bien les parquets qu’il posait, les portes, fenêtres, que les cuves, comportes ou barriques sans parler des sommiers qu’il rembourrait. La confection des barriques était une véritable œuvre d’art car il fallait cintrer en chauffant les douves de châtaignier ou de chêne, les ajuster puis utiliser un appareil spécial pour les cercles. Sans oublier les cercueils et leurs impératifs.
Marcel achetait son bois chez Roullaud à Périgueux mais aussi chez Louis Carret où il récupérait des « plots » entiers secs. Parfois il achetait de beaux chênes sur pied et même les échangeait avec des particuliers qui lui devaient de l’argent, les faisait débiter puis sécher.
Marcel et ses apprentis transportaient leur matériel avec le fameux « charretou » et ne se déplaçait qu’à bicyclette. Puis, plus tard sur les conseils de son médecin il acheta en 1970 à Jacky Barry pour « économiser » le cœur, la très connue « Mobylette Bleue » Motobécane.
Il prit sa retraite à 65 ans en 1973 s’étant toujours occupé des devis et factures. Néanmoins, il continua à dépanner en réparant serrures et fenêtres un peu « gauches », sans oublier son grand jardin près de l’atelier qu’il bêchait à la main. Il reconnaît avoir gardé la forme jusqu’à 79 ans.
Toujours souriant, agréable il cherchait en permanence à satisfaire le client, ne regardant jamais l’heure et travaillant souvent après souper. Il eut toujours de bons contacts avec Jean Jourdes – Pierrot Rouvès et Michel Montauriol qui prit la suite.
Il ne prit jamais de vacances, se rendant à bicyclette, le dimanche après-midi, à Lacoste chez ses beaux-parents sauf lorsqu’il fallait faire un cercueil.
Photos et témoignage recueillis le 10 juin 1988 en présence de son épouse Louise Marguerite Poumeau par André Carret
