Rouffignac-st cernin de reilhac

Pompougnac conserves

Espace Mémoire
Maison Pompougnac (Maurice et Pierre)
Témoignage de Reine le mercredi 19 octobre 2005
Pompougnac Reine Rouffignac Dordogne

La « Maison Pompougnac » doit sa renommée aussi bien à l’épicerie créée par le grand-père des 3 frères et sœur puisqu’elle devait fêter ses 100 ans en avril 1948, qu’à sa fabrication de conserves.

En effet, ce qui au départ ne comprenait qu’un des maillons alimentaires indispensables de la vie locale rouffignacoise s’est enrichi petit à petit d’une tentative de production de conserves limitée au départ à la demande locale mais qui progressa très rapidement grâce à une qualité des produits très apprécié. Au départ Pierre et Maurice faisaient fructifier en commun l’épicerie puis, vu l’importance que prenait ce commerce, il fallut pratiquement se spécialiser ; ainsi, pour la fabrication des conserves ce fut Maurice et Pierre s’occupa de l’épicerie. Ce qui ne changea en rien le fonctionnement puisque la gestion de la trésorerie resta toujours commune.

Comment naquit une telle complicité : Le père, Marc Pompougnac marié à Marie Thérèse Bonis eut trois enfants : Maurice en septembre1905 qui fit ses études à « La Prof » – Pierre le 7 juillet 1907 fit les siennes dans une école de commerce à Bordeaux où il rencontra un comique troupier qui lui donna la passion et Jeanne (future Mme Grelier) qui fit ses études à Jeanne d’Arc . Marie-Thérèse mourut de la grippe espagnole en 1914 aussi Marc rappela-t-il ses enfants qui poursuivaient leurs études.

En 1925… il va vivre à Rétat puis à Bordeaux pour monter une autre épicerie. Il fallait bien assumer et dès 1927 Maurice et Marguerite dit «Margot », s’occupent de l’épicerie tentant de fabriquer quelques boîtes de pâtés de foie de canards ou d’oies dans une petite pièce derrière l’épicerie. Cela faisait un petit supplément aux revenus traditionnels.

La guerre éclate, Maurice sera fait prisonnier et connaîtra en Allemagne un certain « Montantem » qui était charcutier de son métier et de fil en aiguille naquit tout naturellement l’idée de se lancer à son retour, dans la fabrication plus industrielle de conserves.

Rouffignac brûlé, l’épicerie s’établira quelque temps chez Mme Vaunat près de l’église (ensuite s’y installera la gendarmerie puis beaucoup plus tard le docteur Le Poittevin). Ensuite Il fallut se déplacer, dans un baraquement pour l’épicerie et l’habitation situées près du cimetière en face de l’actuel parc Perrot, avant de faire construire le bâtiment qui donne sur la rue, qui servira ensuite en 1950 pour la fabrication des conserves.

destruction hangar Pompougnac Rouffignac Dordogne
Destruction du hangar

C’est vers cette période qu’apparaît Reine née à « Le Maine » commune du Bugue le 10 décembre 1924, elle y avait fait ses études et connaissait fort bien Janine Lamouret qui l’invita à l’occasion de son mariage en 1947 avec Yvon Roumagne le coiffeur. Elle y fit la connaissance de Pierre qu’elle épousait le 30 mars 1948 (ils avaient 17 ans de différence).

Au retour de la captivité de Maurice et de son camarade, les projets étaient plus enracinés que jamais. M. Bardet prêta gracieusement un local au Cheylard ainsi qu’un logement pour M. Montantem et l’on attaqua à plus grande échelle les pâtés, les différents types de conserves à base de volaille, les plats cuisinés, allant chercher à Périgueux la viande de bœuf, de porc. Et c’est à partir de cette époque que progressivement Maurice se spécialisa dans les conserves, adorant toujours, il est vrai, expérimenter de nouvelles recettes ou en améliorer d’autres notamment la Sauce Périgueux, la dinde aux marrons ou la ballottine de dinde à la saveur si particulière…

En avril 1948 « L’épicerie Pompougnac » pouvait donc fêter ses 100 ans d’existence. Et il faut bien admettre que cette épicerie était depuis toujours le lieu incontournable aussi bien de la vie quotidienne des ménagères que des nécessités de bricolages des hommes car, aussi bien avant qu’après la guerre, l’on y trouvait de tout. Outre les étagères réservées à l’alimentation, nous pouvions trouver des vêtements en passant par les lunettes, les layettes, les couronnes mortuaires, le prêt-à-porter, les laines, sous-vêtements sans parler du grillage, des boulons et toute la quincaillerie.

Après guerre deux ouvriers y travaillèrent à plein temps : Léon Venant au magasin et René Mauzat plus spécialisé par les tournées avec la camionnette Renault et sa typique galerie qui servait à ramener par exemple les œufs achetés dans les fermes au passage. C’est qu’il y avait régulièrement 3 tournées par semaine : une jusqu’à Bardenat (Sireuil, pays de Mme Lalot), une autre vers Saint-Cirq et la 3ème sur Le Moustier.
Le 30 septembre 1949 naîtra Francis puis Eric 27 mars 1955.
En 1950 M.Montantem quitte Rouffignac pour installer une petite épicerie près de l’ancienne caserne des pompiers à Périgueux tandis que Georgette Chaminade se mettra au service de la famille. Toujours en 1950 et le 1er dimanche de juin se fit une petite fête pour inaugurer la nouvelle maison (habitation plus épicerie) mais comme les « Economats » se trouvaient presque en face, ceux-ci déménagèrent assez rapidement vers la place de l’église.

A ce sujet Reine se souvient de quelques accrochages avec les responsables de la Reconstruction afin d’une part de pouvoir récupérer les 9 mètres de façade qui leur avaient été enlevés, en les reportant sur l’arrière et d’autre part en défendant son toit en ardoises contre l’architecte qui préconisait de la tuile. Heureusement qu’elle eut l’aide de Victorien Carret le charpentier qui expliqua avoir prévu une charpente pour soutenir de l’ardoise et non des tuiles.

L’épicerie ayant migré à sa place actuelle, les locaux libérés accueillirent l’usine du Cheylard. Grâce au bouche à oreille au départ puis, comme nous l’avons précédemment expliqué, grâce à la qualité incontestée d’autre part, les conserves se développèrent de plus en plus : nous en trouvions dans toute la France. M.Durand, représentant, s’occupait principalement de Paris, il en partait même aux Etats-Unis grâce à un cousin mais également sur Nice principalement des confitures.

La « Maison » va progressivement se moderniser en autoclaves, sertisseuses employant une douzaine de personnes comme la Suzoue Lalot, Manon Roumagne future Mme Bappel, Josette Doido plus une vingtaine de saisonniers puisque progressivement avec la confiture de fraises, les conserves de cèpes, arrivèrent les haricots verts.

Et là, 3 fois par semaine, Pierre et Reine partaient à St. Livrade à 21h30 pour y aller charger les haricots juste ramassés et revenir vers les 2h30 du matin. Souvent il fallait re-préparer la voiture pour les tournées à la campagne où on laissait les sacs aux volontaires de « l’éboutage ». Fernand Magne comptabilisait tout cela.

Mais il y avait également les haricots achetés au marché de Brive (place de la guerre) et souvent pendant les vacances c’était Jeannot et Gérard fils de Maurice qui amenaient Francis tout petit dans la camionnette Citröen ; sans oublier le secteur de La Beune sous la responsabilité d’un « Rabatteur ». L’usine travaillait avec quelques 25 personnes notamment de nombreux saisonniers et de jeunes qui même non déclarés pouvaient se faire un peu d’argent de poche plutôt que d’aller « traîner » .

Ce fut la grande époque pour notre commerce local qui voyait toujours avec beaucoup d’intérêt sortir ce flot chamarré et bavard d’ouvriers pressés quittant le travail à pied, à vélos ou à mobylettes pétaradantes afin de se diriger pour le ravitaillement vers les 3 Boulangeries, 5 épiceries La Riche, les Economats, Gargaud, Pompougnac ou l’Angeline Monduguet.- Les Chaussures Eugénie Florentin ou un « Petit Blance » rapide Chez Montauriol-Café du Centre ; La Renaissance et EmThérèseLaroumagne.

Les haricots « extra-fins »–« fins » (fins de Bagnoles) ou « mangetout »(Contendant) se vendaient sous le label de « Duchesse du Périgord ».

Mais l’affaire devenant de plus en plus importante, la famille préféra profiter de l’offre de M.Pisani Norbert pour vendre la partie conserves de haricots, confiture avec les locaux. Maurice se réservait la fabrication des conserves de pâtés qu’il installera dans la maison achetée à M.Sourzat près du garage Barry. Il en profitera pour s’équiper de nouveau matériel et travaillera avec une équipe vraiment spécialisée comme Denise Gard et son mari un peu plus tard, Marie Dazinière, Marcel Petit dit Marcelou –Robert Captal– Marcelle Hautefort (qui vit à La Menique), Madeleine Montauriol (un bourreau de travail qui courait toujours) et la petite Fontalirant fille de Bernadette vers 1989.

La production de pâtés était d’environ 600 boîtes par jour : en commençant par la spécialité :
Recette de la ballottine
Peau de dinde
Farce de porc mélangé au foie
Filet de dinde
Tranche de foie et tranche de truffe
Filet de dinde
Farce de porc mélangé au foie
Peau de dinde

Comme pâtés nous avions :
Les « Bon vieux temps » avec chair à saucisses plus foie plus truffe
Les « Lingots » avec foie reconstitué par machine sous vide appelé le Steflau)
Ensuite le « Parfait au bloc » ensemble des deux autres
Et le Délice avec du foie, truffe par couche.

Francis ayant passé son brevet et fait ses premiers pas au magasin en 1984 en servant d’abord de secrétaire puis de chauffeur lorsque décéda Maurice en 1986 sans l’avoir malheureusement bien formé. Le voilà presque involontairement projeté au poste clé de la fabrication et gestion des conserves dans une usine que l’on savait depuis au moins 5 ans, qu’elle n’était plus aux normes.

Il revint donc à Francis la lourde tâche de répondre aux nouvelles exigences C.E. mais, suite à de mauvais conseils du comptable, à un projet trop important de l’architecte pour obtenir des normes CE2 permettant l’exportation, à de notables malfaçons de certains artisans, Francis va se trouver en face de difficultés insurmontables.

Face aux charges, aux contraintes administratives, à l’impossibilité de refaire surface, Francis préfèrera jeter l’éponge en 1992 pour vendre à Jérôme Guimbaud l’épicerie et les conserves mais pas les murs. Ce dernier transporta les machines à La Roseraie Montignac qui appartenait aux « Pinard-Legris » puis le bâtiment sera vendu à la commune qui en fera la caserne de pompiers.

N’oublions pas qu’avant la guerre, Maurice jouait de la flûte traversière et s’était occupé de la fanfare reprise en 1954 par M. Delmonteil secrétaire de mairie. Pierre de son côté qui jouait du saxo puis de la clarinette, était en fait un véritable comique troupier. A ses débuts, il avait été sollicité par un Parisien qui voulait le faire jouer dans un cabaret. Plus tard et très souvent de connivence avec Vergnolles, il donnera des représentations dont une dans l’usine de chaussures BATA à Neuvic, une autre au Bugue à la demande de M. Mofrangeas qui avait relancé le gouffre de Proumeyssac.

En 1976-77 le maire et son conseil pensant remettre la baguette à Maurice Pompougnac, avait prévu de réveiller les Rouffignacois en fanfare le premier janvier mais ce même jour eut lieu un terrible accident qui annula l’initiative.

Photos et Témoignage recueillis par André Carret