Rouffignac-st cernin de reilhac

Conserverie Désiré Delbut

Espace Mémoire

Conserverie Désiré Delbut
Témoignage de Jacques Delbut le fils le 14 novembre 2005

M. Delbut père - Maurice Pompougnac -Rouffignac Dordogne
M. Delbut père se trouve à côté de Maurice Pompougnac et de la grosse caisse

Désiré Delbut naît le 14 juillet 1900 à « Maison Neuve » d’un  père facteur, plus tard naîtra sa sœur Henriette, la future Mme Nebout. Désiré fréquenta donc l’école communale de Rouffignac puis aidera dans le travail de la propriété tandis que sa sœur partira avec la mère nourrice  à Evreux.

En 1922 il demandera la main de Germaine Beaupuy habitant La Pinsonnie, dont le père était décédé lorsqu’elle avait 5 ans. La famille possédait deux propriétés : celle de La Pinsonnie et celle de Sardin (actuellement chez MM. Delpy et Linarès).

Naîtront Andrée en 1924 et Jacques en 1932. Lorsque Andrée commença ses études au lycée de Périgueux se trouvait également une autre jeune fille nommée Delbut. Les parents cherchant à mieux faire connaissance se trouvèrent quelques liens de lointains cousinages qui les amenèrent à lier des relations plus régulières. Le père était contremaître chez « Carnaud » à Périgueux (maison qui fabriquait les boîtes de conserves) et suite à quelques invitations apparut progressivement l’idée qu’il fallait au plus vite mettre à profit les talents innés de bonne cuisinière de Mme Delbut. 

Petit à petit le projet devint réalité et l’arrivée de la famille Goursolle comme métayer permit au fils Gabriel d’être incorporé vers 1934-35 dans cette entreprise familiale naissante (longtemps la main d’œuvre se résuma à Mme et M.Delbut aidés d’un ou deux fils Goursolle). La production se composait bien évidemment de pâtés de foie gras, de volailles, de plats préparés mais également de conserves de lapin, de coq au vin. 

Il n’y avait pas d’électricité et Gabriel dit « Bébé » avait l’habitude de tourner la manivelle de la sertisseuse à mains, ensuite il fallait faire bouillir les boîtes dans la chaudière à cochons. Rapidement et grâce au bouche à oreille puis au panneau « Conserves Désiré Delbut » placé à l’entrée du chemin, la production fut rapidement considérée comme « spécialités du terroir » et celle-ci augmenta progressivement.  Les livraisons se faisaient à bicyclette (sous la responsabilité de Gabriel Goursolle) ou de M.Delbut un peu plus tard avec sa « Rosengart ». 

En 1936–37 se sont vendus les terrains du château, puis le château  appartenant aux Pinard-Legris. M. Delbut acheta, afin d’y construire une usine, le terrain situé entre le chai et le château ; louant une partie du château, l’autre partie servant de presbytère à l’abbé Marquay. Les travaux commencèrent d’abord pour les bâtiments de l’usine puis un peu plus tard pour ceux de la maison avec les entreprises Armand Pompougnac pour la maçonnerie et Victorien Carret charpente et couverture. 

L’usine compta 6 à 7 ouvriers dont quelques saisonniers et, le 31 mars 1944 alors que la famille commençait à goûter depuis 3 jours, aux charmes de leur nouvelle maison, brûla Rouffignac. Si l’usine n’avait pas souffert de l’incendie car elle ne représentait que des murs pour l’envahisseur et donc peu d’intérêt, la maison par contre toute neuve ne brûla pas, aussi les soldats durent-ils le lendemain la faire exploser. Comme tous les sinistrés, il fallut trouver refuge pour parer au plus pressé. La famille s’installa aussitôt chez la sœur Mme et M. Nebout dans un hangar à stocker la farine qui n’avait pas brûlé, puis au Buisson chez un métayer, M. Foucaud, dont le fils était un camarade de Jacques dit Jacky. Ensuite ce fut le retour dans l’ancienne partie des bureaux de l’usine qui n’avait pas été incendiée, en attendant l’installation dans les baraquements. 

De son côté Jacques avait fait ses études au lycée professionnel Albert Claveille, « la Prof » comme on disait, puis il connut lui aussi la difficile période des bons d’approvisionnement d’après-guerre. Même l’usine devait présenter des bons d’achat, des cartes pour acheter les matières premières indispensables, les volailles ou les bêtes. En effet la Maison s’était lancée dans la fabrication du Corned Beef (le paysan de son côté n’était autorisé à vendre sa bête que si celle-ci était blessée). Durant cette période l’usine bénéficia comme de nombreux artisans rouffignacois de l’aide de deux prisonniers allemands dont l’un était charcutier.

De 1950 à 1960 eurent lieu d’abord quelques aménagements de l’usine puis plus tard apparut celle qui nous reste et qui donna du travail à environ 60 personnes de notre localité et des communes environnantes. Ce fut la grande époque pour notre commerce local qui voyait toujours avec beaucoup d’intérêt sortir ce flot chamarré et bavard d’ouvriers pressés quittant le travail à pied, à vélos ou à mobylettes pétaradantes afin de se diriger vers les commerces pour le ravitaillement.

Le corned-beef laissa la place aux confitures mais également à une délicieuse crème de marrons pour finalement laisser, quasi maître des lieux, le Haricot Vert dès 1958. Jacky s’occupait du ravitaillement et partait vers la Vienne au printemps (entre Châtellerault et Poitiers) chercher des asperges dès 16 heures pour rentrer vers 2 heures du matin avec le P.45 d’abord puis l’Unic Izoard ensuite.

Delbut Jacky Rouffignac Dordogne Périgord Noir
Jacky bénéficiant d’une retraite bien méritée

L’été, il fallait tous les jours aller se ravitailler, dès 5 heures, à Villeneuve-sur-Lot pour revenir vers les 11 heures avec entre 5 et 9 tonnes de haricots verts fins ou extra-fins (les Triomphe de farci comme on les appelait)  

Lorsqu’il arrivait, une vingtaine de personnes attendaient avec impatience le camion avec des bicyclettes, des brouettes ou des « charr-etous » afin de récupérer, après pesage et remise d’un bon en kgs, les X sacs de haricots que l’on s’empressait de ramener à la maison pour les « ébouter ou équeuter».  

L’extension de l’usine et l’augmentation de la production demandèrent de plus en plus d’investissements : deux chaudières, deux sertisseuses et notamment la 510 Carnaud un véritable bijou, deux ébouteuses ; mais parallèlement s’entrevoyaient des lendemains plus difficiles. 

En effet l’entreprise avait certes ses représentants dans les grandes villes françaises principalement Paris – Bordeaux – Lyon qui traitaient avec les grossistes mais avec l’aube des grandes surfaces, les épiceries commencèrent à disparaître ou à s’organiser sous forme de groupements d’achat. Devant une telle situation les grossistes avaient de plus en plus de difficultés à trouver leur place et les conséquences ne tarderaient pas à se faire ressentir au niveau de la fabrication entraînant indirectement la baisse des marges bénéficiaires (ainsi, des 7 ou 8 usines de Villeneuve, il n’en reste aucune).

Jacques Delbut sentit venir cette période beaucoup plus difficile aussi profitèrent-ils de l’installation à Rouffignac de M. Norbert Pisani qui venait d’Afrique du Nord pour lui céder en 1960 des parts d’usine créant ainsi une association qui devait aboutir à la cession totale de l’usine avec l’arrivée vers 1962 du frère Wilfrid alors prisonnier en Tunisie.

Jacky Delbut quant-à lui, sur conseils d’amis et après un stage à Périgueux en 1962, se recycla visiteur médical dans le Gers – Les Hautes-Pyrénées et Pyrénées Atlantique (les 32-64-65). Il s’installa donc à Pau. Mais en 1968, souhaitant se rapprocher un peu, il obtient de « l’Oréal » les départements de la Dordogne – du Lot et Garonne et de la Gironde. Les voilà donc installés à Bergerac jusqu’à leur retraite en 1992.

 Jackie, sa femme, qui aimait beaucoup tricoter, se servait régulièrement dans un magasin du centre. Or en 1971 ils profitèrent de l’occasion offerte pour acheter l’immeuble et le magasin que la propriétaire vendait. Passent quelques années et Jacky un peu saturé des interminables comptes-rendus auprès des responsables de l’Oréal décide-t-il en 1975 de se mettre à son compte. 

Connaissant le secteur des pharmacies, leurs besoins, leurs possibilités, il va proposer aux pharmaciens différents types de meubles à tiroirs pour leur officine. Cela lui plaît, et d’un autre côté la forte demande va même l’entraîner au début pour rendre service, à aménager un branchement électrique dans telle pharmacie ou un coin débarras dans telle autre et petit à petit voilà notre Jacky entouré d’une véritable petite équipe d’électriciens, de menuisiers, de plâtriers. La conception du projet devint même sa spécialité. Grâce à l’arrivée d’un dessinateur il crée, en 1975 avec lui, une société SARL où plus tard s’ajoutèrent deux autres dessinateurs ; portant à 4 le nombre de personnes de cette ultra compétitive entreprise, dont Jacky maître d’œuvre était le coordonnateur. 

Il prendra sa retraite en 1992 après avoir remarquablement bien aménagé « Maison-Neuve ». Tous les matins, promenade indispensable avec Titan un superbe chien de garde, puis lecture, bricolage sans oublier à n’importe quel moment de la journée l’accueil toujours chaleureux et convivial des amis. 

Liste des employés masculins qui travaillèrent dans l’usine :

Les permanents : Emile – Gabriel – André dit « Pipette » – Roger dit « Tintin » Goursolle

Les saisonniers : Robert Verneuil – Geneste Bernard – Bourdeilh Fernand – Bord Georges – Bonis Robert – Bonis Michel – Lafaysse Michel – Lansade René – Garabella Antonio – Bardet Gérard – Moulinard Henri – Labrousse Jeannot – Semond Gérard – Rousset Robert.

Désiré Delbut décéda en 1964 à 64 ans et Mme en 1985.

Le témoignage de Gabriel Goursolle, premier et dernier ouvrier de M. Delbut
Goursolle Gabriel Rouffignac Dordogne

Gabriel est né le 27–12–1922 à St. Geyrac à La Badoulie (si bien qu’il faillit s’appeler Noël), de parents agriculteurs. 

Il fréquenta l’école de St. Geyrac et eut comme maîtresse Mlle Monribot puis Mme Lasserre, il y avait aussi M. Biratel. Les parents s’installent à La Pinsonnie aussi ira-t-il à l’école de La Borderie avec Mme Lacoste.

Il obtient son certificat d’études à 13 ans et va commencer à travailler chez M.Delbut qui habitait la grande maison. M. Delbut commençait en effet à se lancer dans les conserves et plats cuisinés, disposant même d’une petite sertisseuse, faisant bouillir dans des lessiveuses, le tout dans une pièce en face de la maison d’habitation. C’était en 1935-36, Gabriel fut donc le premier et dernier ouvrier de M. Delbut. 

En 1940 il commençait à vendre dans toute la France : Gabriel amenant les conserves sur le porte-bagages d’une bicyclette en gare des Versannes. Il y avait comme ouvrières Thérèse Pialard – Marinette Bourdeilh – Marthe Captal et Lafaysse.

Après la guerre il y eut jusqu’à 7 ouvriers. La qualité appréciée, tout se modernisa rapidement avec l’arrivée du petit camion Renault puis le P45 Citroën et enfin avec Jacky, l’Unic pour aller chercher les haricots sur Villeneuve sur Lot.

Ils firent de la crème de marrons ; Gabriel, étant chef de fabrication, avait toute la confiance de M. Delbut père. Il y eut quelques problèmes avec des ébouteuses et quelques tensions économiques.  

  Arrivèrent les frères Pisani qui offraient de nombreux avantages à leurs ouvriers : pendant la grosse période, les heures supplémentaires étaient bien payées et celles qui dépassaient les normes, étaient enregistrées puis distribuées en période creuse. Les « permanents » bénéficiaient également du 13ème mois,

Gabriel finira agent de maîtrise et contremaître avec Wilfrid ce qui lui assure une bonne retraite depuis 1982.

Photos et Témoignage recueillis par André Carret