Rouffignac-st cernin de reilhac

Martin Florentin

Espace Mémoire
Martin Florentin
Forgeron – Maréchal-ferrant
Martin Florentin Rouffignac Dordogne

Martin Florentin est né le 11 novembre 1890 dans une petite propriété aux Chaboissies.

Comme tous les enfants, il va entrer très tôt en apprentissage dans le bourg de Rouffignac chez un maréchal-ferrant de grande renommée, M. Faure qui, avec sa femme furent de très bons patrons et n’ayant pas d’enfant, lui apportèrent leur affection et leurs bons conseils.

Il fallut partir au service militaire qui malheureusement se prolongea avec la déclaration de guerre 1914-18, ce qui lui fit un total de 6 ans avant de revenir démobilisé au pays.

Il va reprendre sa vie chez ses anciens patrons jusqu’au moment où ceux-ci âgés lui laissèrent la suite. Devenu patron et plein d’énergie, le lever se faisait tous les matins à 5h30 et le travail se poursuivait jusqu’à la nuit. Nous étions loin des 35 heures mais, plein d’ardeur les clients satisfaits de son travail devinrent de plus en plus nombreux.

Il ne faut pas oublier qu’à cette époque travaillaient deux autres forgerons : M. Dazinière, père de Jean futur agent immobilier à Périgueux et de Jojo (victime d’une noyade en Dordogne lors d’un pique-nique entre amis et la forge de M. Crouzal qui n’avait pas d’enfant dont la femme vendait des chapeaux des voiles de mariés.

Le célibat finissant par peser, il fit la connaissance d’Eugénie Jeanne Juge née aux Bitarelles le 11 Mai 1895 commune de Saint-Cernin qui à l’époque n’était pas jumelée avec Rouffignac. Ses parents étaient Jean Juge qui fut premier adjoint de la commune.
Le mariage eut lieu en 1920 ce qui ne l’empêcha pas d’être rappelé en 1940 à Bergerac quelques mois….

Grands parents maternels Martin Florentin Rouffignac Dordogne
Grands parents Martin Florentin Rouffignac Dordogne

Martin et Eugènie commencent leur vie de couple dans une jolie petite maison située en face de l’actuel hôtel Renaissance où le 31 Août 1921 arrive une petite fille prénommée Alice Jeanne qui ira à l’école jusqu’à l’âge de 11 ans. 

Celle-ci se trouvait à l’actuel emplacement de la maison de M. Delcombel et, parfois malgré la proximité, Mlle Latour, institutrice, passait la prendre ce qui ne l’amusait guère. Elle eut également comme enseignantes Mme Rode puis Mme Leymarie qui lui fit passer le certificat d’études dont brûla le diplôme en 1944.

Comme voisins il y avait l’épicerie de M. Beaupuy, Mme Delfouilloux tante de Mme Estay, Mme Rode institutrice qui vivait avec ses parents dans l’actuelle maison du Docteur Le Poittevin.

Pour avoir un peu plus de place, ils s’installèrent sur la place de l’église où habite actuellement Jacques Barry tandis qu’à côté se trouvait un grand bâtiment où fut installé en premier le « Travail » pour ferrer les bœufs, les chevaux, la forge avec le gros soufflet, l’enclume, un grand établi, des étagères pour ranger les fers des chevaux et bœufs et tous les ustensiles et matériels nécessaires sans oublier le tas de charbon pour alimenter le feu de la forge.

Martin en effet aiguisait aussi les pioches, les socles de charrues et de brabants, ajustait les fers pour les sabots des bêtes qui, chauffés à blanc, étaient adaptés aux différents sabots et dégageaient une forte odeur âcre lorsque l’on plaçait le fer sur la corne du sabot.

Il remettait également des pieds aux marmites, préparait des ferrures pour les sabots et galoches très à la mode à cette époque. Ensuite la deuxième partie de ce grand bâtiment était cette belle grange avec un gros tonneau qui servait à mettre la vendange de la terre travaillée aux Mazeaux avec vigne et arbres fruitiers.

La grange servait également à parquer les chevaux des clients qui venaient au marché le dimanche et dont beaucoup restaient manger dans les restaurants notamment celui de M. Dougnac en face où étaient appréciés les plats de daubes, les civets de lièvre, les poulets rôtis, les pieds de veau avec un bon petit vin du terroir. Cela mettait pas mal d’ambiance et l’on voyait sortir des mines toujours réjouies tandis que les jeunes se retrouvaient sur la place pour le marché aux noix….

Même ambiance lorsque Militord vendeur ambulant, exposait ses meubles, cordes objets variés au milieu de ses quolibets qui amusaient tout le monde. Tout près se trouvait un jardin avec cages pour lapins et poules où l’on faisait régulièrement brûler les papiers et herbes sèches.

Le « Travail » marchait à plein régime, le réveil est très matinal car les clients frappaient alors qu’il ne faisait qu’à peine jour mais c’était l’été les moments plus propices pour les bêtes qui ne se faisaient pas piquer par les mouches et taons. Ferrer était tout un art et nous avions à faire à un vrai spécialiste très apprécié.

Eugénie de son côté aidait en permanence aux travaux de la forge à tenir les pieds des chevaux, à travailler le jardin, à vendre le petit matériel agricole mais aussi les charrues, brabants pour retourner la terre, les herses, les faucilles pour couper le blé puis les fameuses faux Wilkingston, les socles et les râteaux en bois pour râteler le foin.

Apparurent enfin les non moins célèbres faucheuses de marque « Hirondelle » de la maison mère « Amouroux Frères » installée à Toulouse, qui s’attelaient à la paire de vaches avec un siège permettant à une seule personne de couper un champ. Quel progrès ! La vraie révolution.

Il fallait récupérer le matériel en gare de La Gélie puis le monter, ils en vendirent tellement que la maison offrit une broche en vieil argent en forme « d’hirondelle » en reconnaissance du nombre vendu. Récompense bien méritée car au début après le montage, il fallait parfois les livrer dans les fermes grâce au cheval et à la jardinière du grand père des Bitarelles qu’il prêtait pour l’occasion.

Et puis petit à petit germa l’idée de monter sur la place un magasin de chaussures avec des sabots, galoches, feutres, basanes, ferrures en fer au début, caoutchouc puis par la suite, bottes Baudou (en caoutchouc noir puis Hutchinson en crêpe) et les pantoufles du Docteur JEVA. Arrivèrent les premiers brodequins puis les souliers plus habillés de ville en cuir qui d’année en année se peaufineront.

Cela représentait pour ce couple beaucoup de travail mais à cette époque c’était le lot de pratiquement tous les couples d’apprécier les choses simples qui savent rendre heureux en laissant de merveilleux souvenirs. Ainsi, sérieux, honnêtes, travailleurs avec pour principal objectif d’être toujours heureux ensemble, ils surent laisser de bonnes valeurs à Alice qui ultérieurement reprit le magasin de chaussures.

Martin Florentin forgeron maréchal-ferrant Rouffignac Dordogne

L’intérieur du magasin de chaussures

Les années passèrent et l’on se trouva face à la modernisation progressive de nos campagnes lorsqu’apparurent les premiers Ponny chez Paul Montauriol suivis par les Fergusson, mais aussi par les SOMECAT de René Delcombel et des RENAULT dans le garage Barry.
lLon n’entendit, plus le martellement du marteau sur l’enclume…..