Rouffignac-st cernin de reilhac

Raymond Ojeda

Espace Mémoire
Raymond Ojeda
Mécanicien

Témoignage recueilli en 1996 : A 77 ans , à la retraite depuis 10 ans et toujours passionné par les pigeons. Raymond Ojeda est né le 17 janvier 1923 à Berkane dans le Maroc Oriental. Ses parents étaient chefs d’exploitation dans une propriété agricole et avaient 13 enfants.
Raymond alla à l’école de 8 à 12 ans pour apprendre le français puisqu’il parlait espagnol et devint mécanicien à Sidi-Slimane où il obtint ses certificats d’apprentissage.
Il se souvient qu’à 13 ans il amenait son patron à la gare chercher les colis avec la B14. A 17 ans il est chef d’atelier et à 20 ans le voilà participant au débarquement de Saint-Raphael avec De Lattre De Tassigny et la 5° DB (Division Blindée) du 1° régiment chasseurs d’Afrique.
Partis d’Oran avec quelques 54 bateaux, ils font une traversée difficile. A cause de la tempête il est malade et même quelques camions tombent à l’eau. Ils seront même obligés de souder les chenilles des chars pour qu’ils ne soient projetés les uns contre les autres. Ils feront la vallée du Rhône puis l’Alsace.

Le 1° Régiment de Chasseurs d’Afrique dont il faisait partie, participa au sein de la 5° DB commandée par le général De Vernejoul à la libération de Montbéliard, Belfort, Dannemarie, Thann puis Bindernheim avant Colmar le 2 février 1945. Cette même 5° DB fera partie avec la 3° DIA (Division Inter Armées ) des premiers à franchir le Rhin, le génie ayant fait un pont de bateaux et à fouler le sol allemand.
Après avoir traversés le Pays de Bade, la Forêt Noire du Wurtemberg ils s’emparèrent de Stuttgart pour ne s’arrêter qu’à Bludeinz en Autriche. De cette formidable aventure La 5° DB perdit 952 hommes, eut 2575 blessés mais fit 12 574 prisonniers.

Ojeda R. Rouffignac Dordogne Périgord

Distinction :
Le maréchal des logis (MDL) Ojeda, mécanicien réparateur de chars, allant sur les lieux même où le char était immobilisé, se verra après l’Allemagne, cité en ces termes dans « Le livre d’or des Combattants » : MDL 1° Régiment de Chasseurs d’Afrique campagne de France, d’Allemagne, d’Autriche. Cité à l’OB (Ordre des Batailles) :
« Le brigadier chef Ojeda Raymond, le 23 avril 1945 à Mittelstadt, le 24 avril 1945 à Gannertuigen, le 1° mai à Dorubin est parti seul de nuit en motocyclette dépanner les chars en plein combat » croix de guerre, étoile de bronze, 9 distinctions ou citations. »
Le 8 mai jour de l’armistice ils étaient à Tubingheim ( Allemagne) où ils restera 6 mois au titre d’occupation avec tout son régiment. C’est pour cela qu’il fait partie des anciens « Rhin et Danube ».
Démobilisé…, à Aubagne, il attend un mois le bateau pour rejoindre, d’ailleurs dans les cales, l’Afrique du Nord. A Aubagne, pour subvenir, ils vendront tous leurs souvenirs ramenés. Ils traverseront l’Algérie dans des wagons à bestiaux (35 par wagons). C’est à Rabat qu’on leur changera leur habit militaire pour un costume civil.

Il revient chez son patron et touche une licence de transport toutes directions au départ de Sidi-Slimane, avec camion payable à terme comme ancien combattant et le voilà à 24 ans avec son semi-remorque de marque américaine International, patron indépendant, travaillant jour et nuit pour rembourser.
Au hasard de ses pérégrinations, il assistera à une partie du tournage d’ « Ali Baba et les 40 voleurs » avec Fernandel dans le sud marocain.
Comme il avait fait une partie de la guerre avec ses futurs beaux-frères, l’un d’eux lui avait dit qu’il serait le parrain de son premier enfant . Et c’est ainsi qu’il fit la connaissance de sa femme Henriette qu’il épousa le 18 octobre 1947 à Rabat. Ils auront 3 enfants : Dany – Martine et Josette.

Raymond Ojeda Espace Mémoire Rouffignac Dordogne Périgord

En 1954… c’est l’indépendance du Maroc, les transports avec son « graisseur » se feront de plus en plus risqués .

En mai 1957, il sert de chauffeur à un ami plus âgé et nous le trouvons à Périgueux. Comme depuis quelques temps il était question de rentrer en métropole vu l’insécurité permanente, il se renseigne auprès d’une agence pour acheter éventuellement un petit garage. Il fait presque affaire avec un situé à Thenon mais au retour, la secrétaire lui parle de celui de M. Auzy à Rouffignac. Il l’achète pour le prix de vente de son camion et de son affaire : environ 1 million 800.
Le voilà Rouffignacois avec une superbe Power Clyde mais en fait sans argent.

Power Clyde de M. Ojeda Rouffignac Dordogne

Ses premiers clients seront Messieurs Ladeuil et Rampon qui lui feront beaucoup de bonne publicité, l’un pour ses numéros de Juva 4 gratuits, l’autre pour le démarrage de son Zetor et ce, dixit M. Ojeda, malgré la concurrence verbale et pointue de René Barry garagiste Renault.

Toujours prêt à rendre service le voilà membre actif du comité des fêtes mais également pompier volontaire sous les ordres de Marius Bordas avant de prendre sa succession.
Sa première intervention fut avec Gabriel Bonnet et Louis Carret lors du feu chez M.Geneste– Charenton au bas du bourg et qu’il fallut descendre en courant la pompe stationnée au château d’eau.
Raymond restera 27 ans pompiers et de Centre avancé c’est-à-dire : n’intervenant qu’intra-muros, il obtiendra un camion et deviendra Centre de secours avec quelques 17 pompiers volontaires. Les tuyaux étaient suspendus dans le château d’eau pour les faire sécher…
Il participera à la recherche du spéléologue perdu dans la grotte aux 100 Mammouths, s’occupera du ravitaillement, etc…. Ce camion restera souvent dans son garage car la municipalité de l’époque n’en disposait pas.
Il surveillera le niveau d’eau de Font Cru après être allé chercher un groupe électrogène à Bergerac et où le maire venu contrôler, l’y trouvera à 1 heure du matin. Les rats bloquaient les sorties lorsque le niveau était trop bas… il fallut donc grillager.
Raymond Ojeda sera le fondateur des collectes de sang à Rouffignac et ce dès 1975. Il sera toujours disponible, présent, aimant beaucoup le « moi-je » mais toujours fidèle en amitié.
Il deviendra un colombophile averti en élevant avec son ami Desthomas des pigeons voyageurs et les faisant participer à de très nombreux concours et compétitions dans le cadre des «Ailes du Périgord », créée en 1996 et dépendant de la 12° Région qui regroupait les colombophiles de Sarlat, Monpazier, Ladouze, Le Bugue, Saint-Cyprien et Rouffignac.
Ses performances et son assiduité lui permirent d’obtenir la médaille de la « Fédération française de Colombophilie » sur proposition par Messieurs Sourbier et Pacaud, président de la 12°région.

Ojeda R. Rouffignac Dordogne Périgord Noir

La retraite se passera à Fonleyronne partagé entre les pigeons, son mini-atelier de bricolage et la modernisation de sa demeure.