Rouffignac-st cernin de reilhac

Entreprise Vidal

Espace Mémoire

Témoignages sur l’entreprise de maçonnerie Vidal

Désiré Vidal Rouffignac Dordogne

Désiré Vidal, l’oncle.

Petite rétrospective :

Le grand-père André Vidal habita La Deymarie avant de commencer comme maçon chez M. Boucher à Giverzac formant entre autres, avec André Fournier manœuvre de 14 ans, une petite entreprise de maçonnerie. André épousera Lissou Crouzet en 1940 et de cette union naîtra Bernard le 5 décembre 1948.

Dès l’armistice de 1945, M. Boucher démobilisé (en fait il avait été réquisitionné vu son âge à la poudrerie de Bergerac) était si content, nous raconte André Fournier, « qu’il sonna les cloches de notre église toute la journée attrapant ainsi une mastoïdite ».

Les chantiers ne manquent pas puisque nous vivons ces moments d’intense fébrilité que fut la reconstruction de notre bourg incendié le 31 Mars 1944, avec trop souvent la seule force des bras à opposer à cette masse considérable de travail en attente de réalisation.

Il délèguera progressivement les commandes de son entreprise à André Vidal pour honorer les demandes des clients de plus en plus nombreux. En 1950, Désiré, le frère, se joindra à l’équipe déjà formée de Fournier et Samson.

Hélas, suite à un accident de moto en bas du bourg, André décédera le 23 novembre 1953, laissant à Désiré le poids des responsabilités.

Témoignage de André Fournier ouvrier de André, de Désiré et de Bernard Vidal
Fournier Fleurac Rouffignac Dordogne

André Fournier est né à Saint-Pierre le 18 janvier 1923 de parents agriculteurs. Ils achetèrent Les Brousses, commune de Fleurac, en juin 1923 et il fréquentera l’école de La Chapelle avec comme maîtresse Mme Diéras.

A 13 ans, il quitte l’école sans son certificat d’études pour aider ses parents. Il va entrer à 14 ans comme manœuvre dans l’équipe de maçonnerie de M. Boucher de Giverzac.

Il se souvient, qu’à ses débuts l’entreprise de M. Boucher se composait de 2 ouvriers : André Vidal et lui-même le manœuvre ; d’avoir fait le mortier avec de la terre de châtaignier qu’il allait chercher avec la charrette et les bœufs dans la carrière de M.Verdier à Puybazet.

Il ne connaissait que la pelle, la truelle, la brouette et l’échelle ou le palan pour la construction… Mais, ce fut la guerre… les Chantiers de Jeunesse puis le refus du S.T.O., son retour aux Brousses et dans la maçonnerie, dont l’effectif de 3 puis 4 ne cessera de progresser jusqu’à 5 et 6 grâce à l’explosion des chantiers de la reconstruction et à la réactivité du nouveau patron André Vidal.

Hélas André, victime d’un accident de la circulation laissera Désiré poursuivre les destinées de l’entreprise dont les effectifs vont passer à 25 avec des journées de plus de 8 heures y compris le samedi (horaires 8 h à 12 h puis 13 h 30 à 18 h).

André Fournier se rendait au travail à bicyclette, puis en vélomoteur en 1958 (la fameuse Motobécane Bleue) jusqu’au jour où il passa à 56 ans son permis de conduire. Pour ce permis, il avait même bénéficié d’une aide financière de Désiré ce qui, par la suite, lui permit de conduire les ouvriers à Périgueux, tous les jours. Lorsqu’il fallait s’y rendre, il ne fallait pas oublier d’amener la gamelle et se présenter au garage à 7 h 15 pour être au chantier à 8 heures.

André se souvient de la première bétonnière vers les années 1955/56 utilisée à Périgueux, du camion Citroën à essence conduit par Fernand Bourdeilh mais aussi par Désiré, Robert Moto sans oublier le petit camion conduit par Lucien Lasserre puis plus tard par Samson et les Berliet.

En 1963 arriva la première petite grue avec comme responsable Marcel Bruneteau. Bien vite elle fut remplacée par une autre plus importante et ainsi de suite. L’augmentation des effectifs était due certes aux chantiers qui se multipliaient à Rouffignac mais aussi sur Envaux, Les Milandes ou Thonac et avec eux les équipes.

Mais aussi au fait que la période était aux pierres apparentes et qu’il fallait des tailleurs compétents et en nombre suffisant pour alimenter les chantiers. Nous y trouvions Chaminade, Leclech, Tito Hautefort, ou même A. Fournier à la demande. Il fallait un marteau et une « chasse » plus large que le burin pour travailler la pierre d’Ajat (en fait des restes de pierres taillées ayant été refusées pour la construction des viaducs).

André Fournier travailla avec Ricou Chenour, Prigent, Roger Bruneteau, Daubisse de St.Laurent, Fontmarty Gustou mais, avec celui-ci ils s’étaient un peu spécialisés dans le tyroliens et les finitions.

André Fournier prit sa retraite le 23 janvier 1983 après 46 années dans la maçonnerie et disposant de 554 mois de mutuelle au CNRO

Témoignage de Samson CHADROU ouvrier d’André puis de Désiré et de Bernard
Chadrou Samson et sa femme Rouffignac Dordogne

Né le 26 février 1929 à La Durantie (La Chapelle) il ira à l’école avec Mme Diéras puis à l’âge de 7 ans à St.Cernin avec Mme Delmarés, ses parents vivant désormais à Monribot.

Samson part à 12 ans domestique chez M.Lafon à Monribot où pendant 2 ans il travaillera la terre, se levant à 5 heures pour prendre le travail puis un bouillon à 8 heures avec quelques tranches de pain. Ensuite nous le retrouvons chez Bonis à l’Offrerie et Galmot jusqu’à 20 ans.

Il fera l’armée à Poitiers pendant 18 mois et à son retour il travaillera 1 an chez les matériaux Estay. Puis avec son sourire exprimant de bons souvenirs, il ajouta ; « heureusement que j’avais avais fait valider mon permis poids lourd à mon retour de l’armée puis mon transport en commun car je pus entrer en 1951 chauffeur chez Vidal ».

Il conduisit le Chevrolet essence avec benne, le Citroën rouge, ensuite ce fut la série des Berliet diesel pour aller chercher la pierre à cheminée à Mauzens ou pour le bâti à la carrière de Beauzens entre Sainte-Orse et Brouchaud.

De cette carrière de Désiré Vidal ils durent sortir quelques 18 000 m3 qu’il fallait charger à la main car, en fait, c’était d’immenses tas de pierres ayant déjà « servies » pour sélectionner les pierres pour les viaducs. Il fallait bien parfois l’aide d’un marteau, d’une barre à mine et d’un « têtu » (masse). Déchargée, cette pierre sera ensuite taillée en fonction des besoins par les spécialistes que seront Jeannot Chaminade, Sauvestre ou Gard. .

Le sable de rivière quant à lui venait de Alles / Dordogne ou du Bac de Sors (avec la trémie et parfois ses lourds chargements). Pour le sable de carrière il y avait Grand à Chabroulie, Dauriac à St.Crépin d’Auberoche et Lacombe au Flageat près des Versannes.».

Les parpaings venaient de chez Chagnaud à Bergerac qui faisait également les planchers à hourdis. Le ciment venait de Espié avec 10 tonnes pour le camion et 9 pour la remorque.

Il connut la première grue sur le chantier de Manzac / Vern dont Michel Galmot et Marcel Bruneteau s’occupaient pour la construction elle-même.

Samson restera 30 ans avec Désiré et 10 ans avec Bernard bénéficiant de 8 camions neufs. Il se souvient que les débuts avec Bernard ne furent pas toujours faciles, faisant par exemple 2 voyages à Bordeaux la même journée en partant à 3 h 30 du matin (soit 600 kms…)

Il embauchait à 6 h 30 au garage prenait un petit casse-croûte pour partir livrer les chantiers tout comme Lucien Lasserre ou Robert Moto également chauffeurs.

Samson prit sa retraite début mars 1989 avec quelques bons souvenirs comme le super casse-croûte du I ° Mai avec la Plantation du Mai « Honneur au patron » et le repas des maçons avec Pistolet Debiard ou Martinez….le jour de « L’Ascension » offert chez Désiré Vidal.

BERNARD VIDAL

Bernard fréquentera l’école de Rouffignac puis l’internat à Périgueux avant d’être dirigé vers le centre professionnel de Chardeuil pour y passer son C.A.P..de maçonnerie.

Il va revenir dans l’entreprise comme simple maçon afin de bien connaître et dominer le monde du travail et ne pas oublier que pour être un bon chef d’entreprise, il faut être un bon chef de chantier.

L’entreprise à cette époque se composait de 20 à 25 ouvriers avec des chantiers qui se trouvaient de plus en plus à l’extérieur comme Les Garennes à Trélissac…

Heureusement que Robert Hautefort se chargeait de sa formation pratique professionnelle qui lui permit de devenir chef de chantier. Il est vrai que les différents dosages par exemple de 3 brouettes de sable de carrière des Versannes pour 1 sac de ciment, n’avaient plus de secret pour lui et le mortier, qui au départ se faisait tout à la main, laissa rapidement place à la bétonnière. Il fallut se charger d’organiser le ravitaillement des chantiers en matériaux, amener le matin les ouvriers avec la gamelle dès 7 heures pour revenir le soir à 19 heures.

Mais, Désiré son oncle, souffrant de quelques problèmes de santé, ce fut Bernard le nouveau chef d’entreprise. Heureusement que Bernard avait eu le temps de bien s’investir dans les devis, rappelant au passage que tout se faisait manuellement et qu’il utilisait une machine à calculer qui tournait à la main pour donner le résultat.

A ses débuts, il ne compte plus que 16 ouvriers suite à un fléchissement du contexte économique mais confiant, ambitieux et courageux, il va se lancer à fond dans cette aventure qui lui demanda parfois de prendre des décisions capitales qui lui furent heureusement toujours profitables.

Samson poursuivra ses transports avec les Berliet pour aller chercher la chaux à St Astier, le ciment à Périgueux ou même près de Bordeaux. Le sable de carrière venait de Liorac ou de chez Lacombe aux Versannes ; quant à celui de rivière (pour le fin, gravier ou mélange…) il venait du Fleix et du Bac de Sors avec le chargement fait souvent soi-même à la trémie…ce qui ne manquait pas d’occasionner parfois quelques surcharges). Les parpaings venaient de Périgueux et les briques de Tourtoirac.

A côté de la gestion, il était sur les chantiers pour suivre les constructions de pavillons et les résidences secondaires. Au vu des heures passées au bureau ou sur les chantiers on peut comprendre les inquiétudes d’un patron sans cesse confronté à la concurrence, tiraillé par des marchés fluctuants et aux fins de mois de ses personnels.

Nous le verrons progressivement entreprendre de nouveaux chantiers toujours plus importants et surtout se tourner vers les marchés publics.

Puis, fut créée en plus VIDAL PARTICULIERS offrant les bâtiments clés en mains. L’entreprise s’étoffa donc pour disposer de quelques 98 maçons, 16 menuisiers et de deux équipes de charpentiers couvreurs. Nous la retrouvons dans les réalisations comme le musée Gallo-Romain de Vésonne, le NTP à Périgueux ou la maison de retraite du Bugue, de St-Aulaye et Ribérac.

Ses rapides progrès dans les constructions en béton moulé exigeant précision, compétence et rapidité feront de lui le N° 1 de notre secteur, obtenant la construction de Cap Cinéma toujours à Périgueux…

Bien évidemment l’outillage se perfectionna, aussi bien au niveau des grues que des centrales mobiles de chantier automatiques. Le béton se fabrique désormais sur place, le ciment arrivant en citerne pour être transformé automatiquement pour la construction.

A tout cela s’ajoutaient un bureau d’études indépendant, 4 secrétaires mais aussi 30 véhicules utilitaires (camions, fourgonnettes, 4 grues, 2 pelles et un tractopelle).

La « Reconstruction » terminée, tout était prêt pour transmettre le flambeau à Sébastien le fils.

Photos et témoignages recueillis par André Carret.