Rouffignac-st cernin de reilhac

Norbert et Wilfrid Pisani

Espace Mémoire
Norbert et Wilfrid Pisani

En 1960, Désiré Delbut souhaitant prendre sa retraite, signa un contrat associatif avec un nouvel arrivant Norbert Pisani. Celui-ci très affable fut vite intégré à Rouffignac. Il parcourait régulièrement le bourg avec son Ariane bleue et poursuivit le développement de l’entreprise sous l’appellation « Anciens Etablissements Delbut Désiré Périgord Conserves » jusqu’à ce dramatique accident par hydrocution en 1964, qui sema l’émoi et la consternation dans notre localité.

Wilfrid, le frère, fut un des proches de général Montgomery puis du maréchal Juin lors du débarquement des alliés en Italie et, en qualité d’interprète lors de l’attaque du Monte Casino qui lui valurent la Croix de guerre avec Etoile d’Argent. Revenu en 1963 de Tunisie après avoir réglé ses problèmes, il avait rejoint son frère à Rouffignac dans la gestion de l’usine qui l’obligea à endosser rapidement de nouvelles responsabilités.

Mais, le personnel inquiet de son avenir, ne tarda pas à être rassuré par ses qualité humaines alliées à son esprit d’entreprise et de modernisation. Le nombre d’ouvriers augmenta et bien sûr le chiffre d’affaires. Les premières éboutisseuses n’ayant pas obtenu toute la satisfaction espérée, il fallut poursuivre l’éboutage par les particuliers avec l’attente quotidienne du fameux P45 vert venant de Villeneuve-sur-Lot, vers les 13 heures.

Quelle aubaine pendant les vacances scolaires ! Toute la famille était occupée dans la cuisine… un cajibi… Pas question d’aller « flâner » ou faire une « coquinerie », on éboutait….même les pères au retour du travail journalier s’y mettaient. Ce revenu supplémentaire géré par la mère lui permit quelques achats supplémentaires de matériel de cuisine et parfois même d’acheter un poste de T.S.F. Pathé Marcony pour écouter les informations ou les « Compagnons de la Chanson » alors que certains enfants croulaient de sommeil…. …Les plus grands étant embauchés dans les conserveries.

Côté ouvriers : face à 6 ébouteuses, 4 trieuses, 2 emboiteuses, 6 autoclaves de 400 litres, le nombre atteignait la centaine dans les années 1975 et les horaires pouvaient parfois se terminer vers les 23 heures pour achever la stérilisation.

L’activité s’était diversifiée ainsi trouvions-nous :

  • du mois d’avril à juin la période des asperges qui arrivaient du Lot et Garonne avec 20 personnes qui traitaient les 3 tonnes journalières avec 3 « Peleuses » ;

  • de juin à septembre, l’intense période des 8 à 10 tonnes de haricots verts , rassemblés à Bergerac car certains agriculteurs locaux s’étaient lancés dans cette production ;

  • de novembre à janvier, l’usine s’adaptait aux 4 tonnes jour de marrons arrivant en gare de La Gélie ou Niversac, venant d’Italie, car contrairement à nos marrons, ils avaient l’avantage de ne pas être cloisonnés. Durant cette période, 20 personnes s’affairaient autour des 3 machines à griller, à peler, pour offrir des produits toujours de qualité sous forme de marrons au naturel pour les « rôtis » ou de crème de marrons pour les particuliers ou de purée de marrons pour les pâtisseries.

Parallèlement à ces activités se développe la fraisiculture, qui va redonner un peu d’oxygène dans nos campagnes mais aussi à notre usine avec la branche « Périgord Conserves » qui se lança dans la confiture. Cette idée intéressa les fraisiculteurs leur permettant ainsi de livrer des fruits trop mûrs refusés sur le marché local ou risquant pourrir dans les champs.

M. Pisani ajouta même, pour compléter et régulariser les horaires des ouvriers, les prunes au sirop permettant ainsi, à certains moments, à 3 équipes de travailler jour et nuit.

Face à ces modernisations et besoins de stockage furent loués les entrepôts : celui de M. Courserand chemin de l’Albétie ainsi que dans l’ancienne conserverie désaffectée Pompournac.

Pour cela nous verrons le fameux « Manitou » parcourir inlassablement nos rues, chargé de cartons avec le Label Duchesse du Périgord. Ce label était connu sur tout le territoire et avait même obtenu la confiance de Bonduelle, Saupiquet, Fauchon ou Le Bon Marché à Paris sans oublier l’Allemagne.

Gabriel Goursolle avait fort à faire pour gérer le personnel et le matériel, bien secondé il est vrai par ses deux frères.

Côté secrétariat ce fut en premier Liliane Dos Santos qui occupa le poste remplacée par Georgette Boucher en 1961. Elle laissera sa place à Janine Marty de 1968 à 1970 pour la récupérer jusqu’en 1973 date de son mariage et à laquelle Ghyslaine Mergnat prendra ses fonctions pour les garder jusqu’en 1984.

Usine Pisani Rouffignac Dordogne Périgord noir
L’usine et ses souvenirs, avenue du Général de Gaulle

Photos et Témoignage recueillis par André Carret