Rouffignac-st cernin de reilhac

Paul-Robert Nicolas Plâtrier

Espace Mémoire

Paul-Robert Nicolas Plâtrier

Paul-Robert Nicolas Platrier Rouffignac Dordogne Périgord
Le grand-père :
Le grand-père de Paul-Robert Nicolas était « formier » (il fabriquait les formes des chaussures et la sellerie) et mourut jeune. Sa mère alla à La Douze chez son oncle. Elle était « culottière » dans les maisons avant de devenir majordome pendant 30 ans chez les propriétaires du Château de Rouffignac et de celui du Cheylard, familles Lasserre Pinard.

    M. Nicolas Henri père de Robert naquit en 1883. Il ira donc d’abord à l’école de La Douze obtenant brillamment son certificat d’études à 11 ans, se fit remarquer par l’inspecteur qui souhaita voir la mère pour lui faire poursuivre ses études mais en vain. 

Il commença son apprentissage de charron se spécialisant dans la peinture des roues ; il faisait le fameux « filet » en ayant trouvé un système très personnel, à savoir de poser la roue sur un axe, de la faire tourner faisant ainsi un filet très précis. Un jour, se promenant à Périgueux vers les 14 ans, il regardait un peintre réaliser l’enseigne de la Pharmacie du Docteur, ce dernier intrigué, lui donna l’occasion de montrer ses qualités ce qu’il fit à main levée. 

Plus tard, lorsque la mère devint employée au château, il alla travailler chez M. Lafage peintre plâtrier (qui habitait actuellement chez M. Ladeuil). Ce M. Lafage était un bon ouvrier puisqu’il travaillait dans la capitale et c’est ainsi que à ses 16 ans, le 6 février 1898, l’invita-t-il à aller travailler avec lui à Paris. Mais Henri préféra rester et s’installer comme peintre. Son premier client sera les patrons de sa mère : Mme et M. Lasserre, ce qui lui permit de refaire les peintures des menuiseries extérieures puis celles les pièces intérieures du « Château ». 

Henri Nicolas fut un des premiers musiciens de la toute nouvelle fanfare « L’Espérance » créée en 1898 par MM. Lhonneur Noël (géomètre) et Griffe. 

Henri donnant toujours un coup de main à M. Lafage à l’occasion de chantiers difficiles, rejoindra ensuite son oncle plâtrier peintre au Bugue qui avait fait la gendarmerie  (Diplôme du 1er ouvrier en 1904). Il en profita pour y apprendre le métier de plâtrier et,  revenant à Rouffignac, il lui fallut partir 1 an au service militaire car soutien de famille. 

Il sera rappelé à la guerre de 14-18 au 1er régiment de chasseurs. Il partit avec son capitaine de Bergerac, homme remarquable, qui deviendra commandant tandis que lui restera son fidèle ordonnance. Il participa à 7 attaques sur Verdun car n’étant pas marié (donc sans enfant) ; les célibataires se portaient plus souvent volontaires pour les attaques afin d’épargner indirectement les enfants de leurs camarades, pourtant Henri était profondément anti-militariste. Nous le trouverons également à la bataille des Flandres. Un petit souvenir personnel : la rencontre de Foucaud un autre rouffignacois en Champagne qui leur valut une bonne « cuite ». De cette guerre où il fut enterré 2 fois, fut légèrement gazé également 2 fois, il reviendra marqué par les terribles souffrances endurées ainsi que la vision épouvantable de tous ses camarades morts mais le cœur rempli d’un espoir immense en l’avenir d’un « plus jamais ça… ». 

Henri prenait pension dans le restaurant de M.Bouyssou actuellement à l’angle de la Place du 31 Mars 1944 et la rue de la Halle – propriétaire également d’un bar près de l’église. C’est là qu’il fit la connaissance de Madeleine qui y vivait et y travaillait avec ses parents Ils se marièrent en 1919 … et Madeleine, qui était couturière, fit des robes aux femmes de gendarmes comme à celles du château. Ils habitèrent rue des Fontaines dans une maison qui,  pratiquement unique à cette époque, possédait un W.C. intérieur ; en face se trouvait l’atelier. Henriette naîtra en 1921 et Paul Robert en 1925.

Henri aura comme ouvrier Fernand Monribot qui y restera 22 ans, il travaillera avec le père d’Emile Laroumagne grand-père de René dit « Toto » puis un peu dans toutes les maisons sans oublier « Le Château du bourg » ainsi que celui du Cheylard où il posera du papier venant de Tchécoslovaquie (que Robert retrouvera plus tard : Tekosalubra lors de sa captivité)

Paul Robert ira à l’école jusqu’au certificat d’études avec Mme Laclyde et Mme et M. Chaussade puis 2 ans à la « Prof » à Périgueux.

Paul – Robert dit Néné, fera quant à lui ses premiers pas dans l’entreprise paternelle le 8 juillet 1939. Il se souvient de ses premiers essais dans un placard après avoir préparé sa première « gâchée » et son visage méconnaissable au final… Peu avant la guerre, ils récupéreront un wagon complet de sacs de plâtre à La Gélie grâce à des connaissances à Cormeilles en Parisy où se trouve l’usine du plâtre Lutèce. Hélas le 31 Mars 1944, quelques 120 sacs seront détruits ce qui ne l’empêcha pas par la suite, d’en distribuer quelques-uns aux collègues.

Paul-Robert Nicolas Platrier Rouffignac Dordogne Périgord Noir
Robert en train de préparer les vitres de fenêtres

Le travail reprendra car ils avaient pu camoufler de l’huile de lin de Bombay (pour la peinture) laissée chez Mme Vaunat. Arriveront les baraquements et avec eux une longue période qui ne connut pas les « 35 heures » : outre les peintures il fallait également préparer et mastiquer les carreaux aux fenêtres. Ils utilisèrent par hasard deux bidons de peinture venant de Norvège et que Robert avait déjà employé en Allemagne durant sa captivité dont la caractéristique était qu’elle ne brûlait pas… Robert et Henri s’associeront en 1947- 1948…gardant toujours le compte chèques commun et formant « L’entreprise Nicolas et fils ». Comme souvenir amusant en pleine reconstruction, l’entreprise avait laissé des sacs de plâtre dans le hangar de Victorien Carret à côté des sacs de chaux et ciment. Or, un matin,  des sacs de plâtre manquaient à l’appel… mais un sac sans doute percé leur permit de suivre la trace sur la route de Fleurac… et l’affaire en resta là.

Paul-Robert Nicolas Platrier Rouffignac Dordogne

Robert se mariera en 1951 avec Elise Gibeau (Haute-Vienne). Naîtront Bernard en 1952, Alain en 1954 et Jacques en 1960. 

Henri le père décédera en 1959 s’étant arrêté de travailler en 1957. Il aidait toujours un peu Robert qui eut comme ouvrier Daniel Oberlé, Lacoste, Maurice Vergnon . Le moyen de transport était le petit « charretou » construit par le père. Nous le verrons ainsi déambuler longtemps dans les rues du bourg avant d’être remplacé par le premier Renault bleu essence 85 CV puis le second diesel bleu grand plateau avec pour les quelques sorties la 4 CV Renault.

Robert décidera de prendre sa retraite à 63 ans (en 1988) laissant à Alain les rênes de l’entreprise, mais suite à son accident il dut abandonner. Ce sera donc Jacques qui, après son CAP et BI peintre plâtrier puis instructeur, reprendra l’affaire. 

Et nous voilà « reparti pour un nouveau siècle………… »

Photos et témoignage : André Carret